SCÈNE YL
ce n'est qu'en pratiquant ce qu'elle vous dit là , et qu'en nous séparant quelquefois, que nous continuons de nous aimer, Carise et moi'.
ÉGLÉ
Vraiment , je le crois bien ; cela peut vous être bon à vous autres qui êtes tous deux si noirs, et qui avez dû vous enfuir de peur la premièi^e fois qae vous vous êtes vus.
AZOR
Tout ce que vous avez pu faire , c'est de vous supporter l'un l'autre.
Et vous seriez bientôt rebutés de vous voir si vous ne vous quittiez jamais , car vous n'avez rien de beau à vous montrer ; moi , qui "vous aime , par exemple , quand je ne vous vois pas , je me passe de vous ; je n'ai pas besoin de votre présence -, pourquoi ? C*est que vous ne me charmez pas; au lieu que nous nous charmons, Âzor et moi; il est si beau, moi si admirable, si attrayante , que nous nous ravissons en nous contemplant.
A Z O K , prenant U main d*ÉgU.
La seule main d'Églé , VX)yez-vous , sa main seule , je souffre quand je ne la tiens pas y et quand je la tiens , je mé meurs si je ne la baise ; et quand je l'ai baisée , je me meurs encore.
L'homme a raison ; tout ce qu'il vouf dit là , je le sens -, voilà pourtant où bous en sommes ; et vous qui paslez de notve plaisir , vous ne savez pas ce que c'e^t ;
34o LA DISPUTE,
nous ne le comprenons pas, nous qui le sentons^ il
est infini.
MESROiJ.
Nous ne vous proposons de vous séparer que deux ou trois heures seulement dans la journée.
ÉGLÉ
Pas d'une minute.
MESROU.
Tant pis.
ÎÊGLÉ.
Vous m'impatîeiïtez , Mesrou; est-ce qu'à force de nous voir nous deviendrons laids? Cesserons -nous d'être charmans?
CARIS Ê.
Non , mais vous cesserez de sentir que vous Têtes.
Eh ! qu'est - ce qui nous empêchera de le sentir , puisque nous le sommes ?
AZOR
Églé sera toujours Églé.
EGLE
Azor toujours Âzor.
MESROU^
J'en conviens , mais que sait-on ce qui peut arriver ? Supposons par exemple que je devinsse aussi aimable qu'Âzor, que Carise devint aussi belle qu'Églé.
ÉGLÉ
Qu'est-ce que cela nous ferait ?
CÀRISE.
Peut-être alors que, rassasiés de vous voir, vous