‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 230 sur 333 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

seriez tentes de vous quitter tous deux pour nous ain^r.

ÉGLÉ

Pourquoi tentes ? Quitte-t^n ce qu'on aime? Est-ce là raisonner ? Azor et moi nous nous aimons , voilà qui est fini; devenez beaux tant qu'il vous plaira, que nous importe ? Ce sera votre affaire ; la nôtre est arrêtée.

AZOR

Ils n'y comprendront jamais rien ^ il faut être nous pour savoir ce qui en est.

MESROU.

Comme vous voudrez.

AZOR

Mon amitié , c'est ma vie.

ÉGLÉ

Entendez-vous cç qu'il dit , sa vie ? comment me quitterait-il ? Il faut bien qu'il vive , et moi aussi.

▲ZOR.

Oui, ma vie ; comment est-il possible qu'on soit si belle, qu'on ait éfi si beaux regards, une si belle bouche , et tout si beau ?

ÉGLÉ

J'aime tant qu'il m'admire !

MESROn.

Il est vrai qu'il vous adore,

AZOR

Âk ! que c^est bien dit , je l'adore ! Mesrou me comprend, je vous adore.

Adorez donc, mais donnez -moi le temps de pirer; ali!

CARISB.

Que de tendresse! j'en suis enchanté moî^-méne! Mais il n'y a qu'un moy^i de la conserver , c'est de nous en croire \ et si vous, avez la sagesse de vous j déterminer, tenez, Églé, donnez ceci à Azor ; ce sera de quoi l'aider à supporter votre absence.

ÉGLÉ , prenant na portnit qa« CâtÎM Imi donae.

Gomment donc ! je me reconnais ^ c'est encore moi, et bien mieux que dans les eaux du ruisseau ; c'est toute ma beauté , c'est moi ; quel plaisir de se trouver partout! Regardez, Azor, regardez mes charmes.

AZOR

Ah ! c'est Églé , c'est ma chère femme ; la voilà , sinon que la véritable est encore plus belle.

X II baise le poHniL ) . MESROU.

Du moins cela la représente.

▲ ZOR.

Oui , cela la fait désirer, (ii i« buM eacore.)

EG L E

Je n'y trouve qu'un défaut \ quand il le baise , ma copie a tout.

AZOR, prenant ta main , qvHl baise.

Otons ce défaut-là.

ÉGLÉ

Ah çà ! j en veux autant pour m'amuser.

MESROU.

Choisissez de son portrait ou du vôtre.

SCËNE VII. 343

Je les retiens tous deux.

MESROU.

Oh ! il faut opter, s*il tous plaît ; je suis bien aise d'en garder un.

ÉGLÉ

Eh bien ! en ce cas-là je n'ai que faire de tous pour avoir Âzor, car j'ai dëjà son portrait dans mon esprit *, ainsi donnez^^moi le mien, je les aurai tous deux.

CÀRISE.

Le voilà d'une autre manière. Cela s'appelle un miroir \ il n'y a qu'à presser cet endroit pour l'ouvrir. Adieu , nous reviendrons vous trouver dans quelque temps \ mais, de grâce, songez aux petites absences.

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