‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 261 sur 333 · DORANTE, LÉPINE, LISETTE · texte numérisé non relu

DORANTE, LÉPINE, LISETTE

DORANTE, Tojant Lapine Uiser U main d0 Liielte.

Courage, mes enfans; vous ne vous haïssez pas, ce me semble i^

LËPINE.

Non, monsieur. C'est une concierge que j'arrête pour votre château ^ je concluais le marche , et je lui donnais des arrhes.

DORANTE

Est- il vrai, Lisette? L'aimes- tu? A-t-il raison de s'en vanter? Je serais bien aise de le savoir.

LISETTE

U n'y a donc qu'à prendre qu'ous le savez, monsieur.

DORANTE

Je t'entends.

LISETTE

Que voulez - vous ? Il m'a tant parle de sa raison pardue, d'épousailles-, et des circonstances de ma parsonne ; il a si bian agencé ça avec vote châtiaa, que me velà concierge ; autant vaut.

SGËNE IL 389

DORAIfTE.

Tant mieux , Lisette. J^aurai soin de voas deux. Lëpine est un garçon à qui je veux du bien , et tu me parais une bonne fille.

LÉPINE

Allons, la petite, ripostons par deux réyërences, et partons ensemble. (u« Minent.)

DOB^ANTE

Ah ! cà , Lisette , puisqu'à présent je puis, me fiec à toi , je ne ferai point difficulté de te confier un secret ; c^est que j'aime passionnément ta maîtresse, qui ne le sait pas encore ; j'ai eu mes raisons pour le lui cacher. Malgré les grands biens que m'a laissés mon père, je suis d'une famiUe de simple bourgeoisie. Il est vrai que j'ai acquis quelque considération dans le monde-, on m'a même déjà offert de très- grands partis.

Vraiment! tout Paris veut nous épouser.

DORAIfTE.

Je vais d'ailleurs être revêtu d'une charge qui donne un rang considérable ; d'un autre côté, je suis étroitement lié d'amitié avec le marquis, qui me verrait volontiers devenir son gendre ; et, malgré tout ce que je dis là pourtant, je me suis tu. Angélique est d'une naissance très - distinguée. J'ai observé qu'elle est plus touchée qu'une autre de cet avantage-là , et la fierté que je lui crois là-dessus m'a retenu jusqu'ici, l'ai en peur, si je me déclarais sans précaution , qu'il ne lui échappât quelque trait de dédain , que je ne me

3go LE PRÉJUGÉ VAINCU,

sens pas capable de supporter, que mon cœur ne lui pardonnerait pas ; et je ne veux point la perdre , s^il est possible. Toi , qui la connais et qui as sa confiance, dis-moi ce qu'il faut que j'espère. Que penset-elle de moi? Quel est son caractère? Ta réponse décidera de la manière dont je dois m'y prendre.

LÉP.INE.

Bon ! c'est autant de marié ; il n'y a qu'à parler franchement ^ c'est la manière.

LISETTE

Pas tout-à-fait. Faut cheminer doucement î il y a à prendre garde.

DORAUTE.

Explique-toi.

LISETTE

Écoutez, monsieur ) je commence par le meilleur. C'est que c'est une fille comme il n'y en a point, d'abord. C'est folie que d'en chercher une autre ; il nj a de ça que cheux nous ^ ça se voit ici , et velà tooL C'est la pus belle humeur, le cœur le pus charmant, le pus bénin!... Fâchez -la, ça vous pardonne; aimez-la , ça vous chérit ; il n'y a point de bonté qu'aile ne possède -, c'est une marveille , une admiration da monde, une raison, une libéralité, une douceur!... Tout le pays en rassotte.

LÉPINE

Et moi aussi ; ta merveille m'attendrit.

DORANTE

Tu ne me surprends jx)int , Lisette ; j'avais cette opinion-là d'elle.

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