‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 260 sur 333 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LISETTE

Il m'apparait que t'as raison , Lëpaine ; je vois que ma maîtresse m'a trop haussé le cœur, et je me dédis ; je pense que je ne nous devons riaii.

LÉPIIfE.

Excusez-moi , ma fille ; je pense que je me mésallie un peu y mais je n'y regarde pas de si près. La beauté est une si grande dame ! Concluons ^ m'aimes-tu ?

LISETTE

J'en serais consentante si vous ne vous en retourniais pas bientôt à Paris , vous autres.

LÉPINE

Et si , dès aujourd'hui , on m'ëlevait à la dignité de concierge du château que nous avons à une lieue d'ici, votre ambition serait-elle satisfaite avec un mari de ce rang-là?

LISETTE

Tout-à-fait. Un mari comme toi , un châtiau , et notre amour ^ me velà bian , pourvu que ça se soutienne.

LÉPIIIE.

A te voir si gaillarde , je vais croire que je te plais.

Biaucoup, Lépaine ; tians, je sis franche ; t'avais besoin de mon cœur; moi, j'avais faute du tian; et ça m'a prins drès que je t'ai vu, sans faire semblant ; et quand il n'y aurait ni châtiau ni timbales dans ton aflbire, je serais encore contente d'être ta femme.

LÉPIIIE.

Incomparable fille de fiscal^ tes paroles ont de grandes douceurs !

LISETTE

Je les prends comme elles viennent.

LÉPINS.

Donne-moi une main , que je Tadore ^ la première venue.

LISETTE

Tiens, prends^ la voilà.

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