ANGÉLIQUE, LE MARQUIS, DORANTE
ANGÉLIQUE
Je venais vous parler, mon père , et je ne sois point fâchée que Dorante soit présent à ce que j'ai à vous
SGËNE XIII. 427
dire. Il a tantôt propose un mariage qui m'a d'abord répugné , j'en conviens.
DORANTE
Votre refus m'afflige, madame, mais je le respecte, et n'en murmure point.
ANGÉLIQUE
Un moment, monsieur. Je sais jusqu'où va l'amitié que mon père a pour vous ; et , si vous vous étiez nommé, les choses se seraient passées diiTéremment. Il n'aurait pas été question de mes répugnances ; ma tendresse pour lai les aurait fait taire ou me les aurait ôtées , monsieur. Il n'a tenu qu'à vous de lui épargner la douleur où je l'ai vu de mon refus *, je n'aurais pas eu celle de lui avoir déplu, et je ne l'ai chagriné que par votre faute.
LE MARQUIS
Eh ! non , ma fille ^ vous ne m'avez point déplu ; ôtez-vous cela de l'esprit. Il est vrai que Dorante m'est cher, mais je ne saurais vous savoir mauvais gré d'avoir fait un autre choix.
ANGÉLIQUE
Vous m'excuserez, mon père; vous ne voulez pas me le dire , et vous me ménagez \ mais vous étiez trèsmécontent de moi.
LE MARQUIS
Je vous répète que c'est une chimère.
ANGÉLIQUE
Très-mécontent, vous dis-je ; je sais à quoi m en tenir là-dessus , et mon parti est pris.
4a8 LE PRÉJUGÉ VAIKCU,
DORAUTE. '
Votre parti, madame! Ah! de grâce, achevez; à quoi vous déterminez-vous?
LE MARQUIS
Laissons cela , Angélique *, il n*est pas question ici de consulter mon goût. Vous êtes destinée à un autre ; c'est au baron ; vous Taimez , et voilà qui est fini.
ANGÉLIQUE
Non , mon père ; je ne l'épouserai pas non plus , puisque je sais qu'il ne vous plaît point.
LE MARQUIS
Vous l'épouserez , et je vous l'ordonne. Savez-vous à quoi j'ai pensé ? Dorante se disposait à partir, je l'ai retenu. Vous avez une sœur; j'ai exigé qu'il la vît, j'ai eu de la peine à l'y résoudre. Il a fallu abuser un peu du pouvoir que j'ai sur lui ; mais enfin j'ai obtenu que nous irions la voir demain , et peut- élre l'arrêtera-t-elle.
DORANTE
Eh ! monsieur, cela n'est pas possible.
LE MARQUIS
Demandez à sa sœur. Dites , Angélique -, n^est-il pas ^ vrai qu'elle a de la beauté ?
ANGÉLIQUE
Mais oui , mon père.
Venez ; j'ai dans mon cabinet un portrait d^elle que je veux vous montrer , et qui , de l'aveu de tout le monde , ne la flatte pas.