‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 286 sur 333 · ANGÉLIQUE, LE MARQUIS, DORANTE · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE, LE MARQUIS, DORANTE

ANGÉLIQUE

Je venais vous parler, mon père , et je ne sois point fâchée que Dorante soit présent à ce que j'ai à vous

SGËNE XIII. 427

dire. Il a tantôt propose un mariage qui m'a d'abord répugné , j'en conviens.

DORANTE

Votre refus m'afflige, madame, mais je le respecte, et n'en murmure point.

ANGÉLIQUE

Un moment, monsieur. Je sais jusqu'où va l'amitié que mon père a pour vous ; et , si vous vous étiez nommé, les choses se seraient passées diiTéremment. Il n'aurait pas été question de mes répugnances ; ma tendresse pour lai les aurait fait taire ou me les aurait ôtées , monsieur. Il n'a tenu qu'à vous de lui épargner la douleur où je l'ai vu de mon refus *, je n'aurais pas eu celle de lui avoir déplu, et je ne l'ai chagriné que par votre faute.

LE MARQUIS

Eh ! non , ma fille ^ vous ne m'avez point déplu ; ôtez-vous cela de l'esprit. Il est vrai que Dorante m'est cher, mais je ne saurais vous savoir mauvais gré d'avoir fait un autre choix.

ANGÉLIQUE

Vous m'excuserez, mon père; vous ne voulez pas me le dire , et vous me ménagez \ mais vous étiez trèsmécontent de moi.

LE MARQUIS

Je vous répète que c'est une chimère.

ANGÉLIQUE

Très-mécontent, vous dis-je ; je sais à quoi m en tenir là-dessus , et mon parti est pris.

4a8 LE PRÉJUGÉ VAIKCU,

DORAUTE. '

Votre parti, madame! Ah! de grâce, achevez; à quoi vous déterminez-vous?

LE MARQUIS

Laissons cela , Angélique *, il n*est pas question ici de consulter mon goût. Vous êtes destinée à un autre ; c'est au baron ; vous Taimez , et voilà qui est fini.

ANGÉLIQUE

Non , mon père ; je ne l'épouserai pas non plus , puisque je sais qu'il ne vous plaît point.

LE MARQUIS

Vous l'épouserez , et je vous l'ordonne. Savez-vous à quoi j'ai pensé ? Dorante se disposait à partir, je l'ai retenu. Vous avez une sœur; j'ai exigé qu'il la vît, j'ai eu de la peine à l'y résoudre. Il a fallu abuser un peu du pouvoir que j'ai sur lui ; mais enfin j'ai obtenu que nous irions la voir demain , et peut- élre l'arrêtera-t-elle.

DORANTE

Eh ! monsieur, cela n'est pas possible.

LE MARQUIS

Demandez à sa sœur. Dites , Angélique -, n^est-il pas ^ vrai qu'elle a de la beauté ?

ANGÉLIQUE

Mais oui , mon père.

Venez ; j'ai dans mon cabinet un portrait d^elle que je veux vous montrer , et qui , de l'aveu de tout le monde , ne la flatte pas.

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