SCÈNE V
LUGIDOR.
Quoi ! Ton vous entraîne , et vous me rejetez!
FÉLICIE
Non , je vous l'avoue , il n'y a rien d'égal à l'embarras où vous me mettez tous deux *, car je ne saurais prendre l'un que je ne laisse l'autre-, et le moyen d'être partout I
LA MODESTIE
Trop faible Fëlicie !
FÉLICIE, àUMoaMUe.
Oh ! vraiment, je sais bien que vous n'y feriez pa$ tant de façons ; vous en parlez bien à votre aise.
LUCIDOR.
Vous me haïssez donc ?
FÉLICIE
Autre injustice.
DIANE
Je suis sûre qu'il vous en coûte pour me résister, et que votre cœur me regrette.
FÉLICIE
Eh mais ! sans doute ; mais mon cœur ne sait ce qu'il veut , voilà ce que c'est ^ il ne choisit point. Tenez , il vous voudrait l'un et l'autre 5 voyez , n'y aurait-il pas moyen de vous accorder ?
DIANE
Non , Félicie -, cela ne se peut pas.
LUCIDOR.
Pour moi , j'y consens*, que madame vous suive où je vais vous mener , je ne l'en empêche pas ; ma don-
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ceur et ma bonne foi me rendent de meUleure composition qa'elle.
FÉLICIE
Eh bien ! voilà un accommodement qui me paraît bien raisonnable, par exemple ; ne nous quittons point, allons ensemUe.
LA MODESTIE, bu à FëUde.
Ah ! le fourbe !
FÉLICIE
Vous en jugez mal; il n'a pas cet air-là. Allons, madame \ ayez cette complaisance-là pour moi , qui vous aime. Considérez que je suis une jeune personne à qui Tâge donne une petite curiosité pardonnable et sans conséquence ; je vous en prie, ne me refusez pas.
DIANE
Non , Félicie ; vous ne savez pas ce que vous demandez -, son commerce et le mien sont incompatibles; et quand je vous suivrais, j'aurais beau vous donner mes conseils , ils vous seraient inutiles.
LUCIDOB.
Mille plaisirs inuocens vous attendent où nous aUons.
FÉLICIE
Pour innocens , j'en suis persuadée ; il serait inutile de m'en proposer d'auUres.
DIANE
Il vous dit qu'ils sont innocens , mais ils cessent bientôt de l'être.