‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 298 sur 333 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LUGIDOR.

Quoi ! Ton vous entraîne , et vous me rejetez!

FÉLICIE

Non , je vous l'avoue , il n'y a rien d'égal à l'embarras où vous me mettez tous deux *, car je ne saurais prendre l'un que je ne laisse l'autre-, et le moyen d'être partout I

LA MODESTIE

Trop faible Fëlicie !

FÉLICIE, àUMoaMUe.

Oh ! vraiment, je sais bien que vous n'y feriez pa$ tant de façons ; vous en parlez bien à votre aise.

LUCIDOR.

Vous me haïssez donc ?

FÉLICIE

Autre injustice.

DIANE

Je suis sûre qu'il vous en coûte pour me résister, et que votre cœur me regrette.

FÉLICIE

Eh mais ! sans doute ; mais mon cœur ne sait ce qu'il veut , voilà ce que c'est ^ il ne choisit point. Tenez , il vous voudrait l'un et l'autre 5 voyez , n'y aurait-il pas moyen de vous accorder ?

DIANE

Non , Félicie -, cela ne se peut pas.

LUCIDOR.

Pour moi , j'y consens*, que madame vous suive où je vais vous mener , je ne l'en empêche pas ; ma don-

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ceur et ma bonne foi me rendent de meUleure composition qa'elle.

FÉLICIE

Eh bien ! voilà un accommodement qui me paraît bien raisonnable, par exemple ; ne nous quittons point, allons ensemUe.

LA MODESTIE, bu à FëUde.

Ah ! le fourbe !

FÉLICIE

Vous en jugez mal; il n'a pas cet air-là. Allons, madame \ ayez cette complaisance-là pour moi , qui vous aime. Considérez que je suis une jeune personne à qui Tâge donne une petite curiosité pardonnable et sans conséquence ; je vous en prie, ne me refusez pas.

DIANE

Non , Félicie ; vous ne savez pas ce que vous demandez -, son commerce et le mien sont incompatibles; et quand je vous suivrais, j'aurais beau vous donner mes conseils , ils vous seraient inutiles.

LUCIDOB.

Mille plaisirs inuocens vous attendent où nous aUons.

FÉLICIE

Pour innocens , j'en suis persuadée ; il serait inutile de m'en proposer d'auUres.

DIANE

Il vous dit qu'ils sont innocens , mais ils cessent bientôt de l'être.

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