SCÈNE X. 5f
yeux sont mouilles de larmes ! Il parait désoié ! Que lui est-il donc arrivé ?
M"" AMELIN
Rien que de fort heureux , quand il sera raisonnable. Au reste, madame, j'allais vous informer que nous sommes sur notre départ, Araminte, mon neveu et moi. N'auriez-vous rien à mander à Paris?
M*** ARGANTE
A Paris! Quoi! est-ce que vous y allez, madame?
M"* AMELin.
Dans une heure.
M"^ ARCAIiTB.
Vous plaisantez, madame; et ce mariage?...
M"^ AMELIN
Je pense que le mieux est de le laisser là. Le dégoût que vous avez marqué pour ce petit divertissement , qui me flattait, m'a fait faire quelques réflexions. Vous êtes trop sérieuse pour moi. J'aime la joie innocente; elle vous déplaît. Notre projet était de demeurer ensemble \ nous pourrions ne nous pas convenir ; n'allons pas plus loin.
m"* ARGANTE.
Comment! une comédie de moins romprait un mariage , madame ? Eh ! qu'on la joue , madame ; qu'à cela ne tienne ; et si ce n'est pas assez , (ju'on y joigne l'opéra, la foire, les marionnettes, et tout ce qu'il vous plaira, jusqu'aux parades.
Non ; le parti que je prends vous dispense de' cet embarras -là. Nous n'en serons pas moins bonnes
5i6 LES ACTEURS DE BONNE FOI,
amies , s*il vou$ platt ; mais je viens de m'engager avec Araminte , et d'arrêter que mon neven Tépousera.
m"" ARÔIKTE.
Araminte à votre neveu, madame! Votre nevea dpouser Araminte! Quoi! ce jeune homme!....
AKAlflifTE.
Que voulez-vous ? Je suis à marier aussi bien qu* Angélique.
ANGÉLIQUE, trUttment.
Éraste y consent-il ?
ÉRAStE.
Vous voyez mon trouble ; je ne sais plus où j'en suis.
ANGÉLIQUE
Est-ce là tout ce que vous répondez? Emmenezmoi , ma mère, retirons-nous*, tout nous trahit.
ÉRASTE
Moi, vous trahir, Angélique! moi, qui ne vis que pour vous!
kT AMELIH.
Y songez -vous, mon neveu, de parler d'amour
à une autre , en présence de madame que' je vous
destine ?
m"* argante.
Mais, en vérité, tout ceci n'est qu'un rêve.
m"** amelin.
Nous sommes tous bien éveillés, je pense.
m"* argante.
Mais, tant pis, madame, tant pis! Il n'y a quan rêve qui puisse rendre ceci pardonnable, absolument qu'un rêve, que la représentation de votre miséraUe