ACTE m, SCÈNE VIII
liste des mots qui yous choquent, j'aurais grand soin de les éviter.
LUCILE
La liste est encore amusante ! Eh bien ! je vais vous dire où elle est, moi ; vous la trouverez dans la règle des égards qu'on doit aux dames ; vous y verrez qu'il n'est pas bien de vous divertir ^vecxm peut-être, qui ne fera pas fortune chez moi , qui ne m'intriguera pas ; car je sais à quoi m'en tenir. C'est en badinant que vous le dites ; mais c'est un badinage qui ne vous sied point ; ce n'est pas là le langage des hommes *, on n'a pas mis leur modestie sur ce pied-là. Parlons d'autre chose; je ne suis pas venue ici sans motif; écoutezmoi : vous savez , sans doute, qu'on veut vous donner ma sœur?
DAMIS
On me l'a dit, madame.
LUCILE
On croit que vous l'aimez ; mais moi, qui ai réfléchi sur l'origine des empressemens que vous avez marqués pour elle , je crains qu'on ne s'abuse , et je viens vous demander ce qui en est.
DÀMIS.
Eh ! que vous importe, madame?
Ce qui m'importe! Voilà bien la question d'un homme qui n'a ni frère ni sœur, et qui ne sait pas combien ils sont chers ! C'est que je m'intéresse à elle, monsiciu*; c'est que , si vous ne l'aimez pas, ce serait même blesser les lois de cette probité à quoi vous
tenez tant, que de Tëpouser avec un cœur qui s'éloignerait d'elle.
DAlfIS.
Pourquoi donc, madame? Est-ce vous qui ^avez conseillé qu'on me la donnât? Car j'ai tout lieu de soupçonner que tous en êtes cause , puisque c'est vous qui m'avez d'abord proposé de l'aimer. Au reste , ma^ dame , ne vous inquiétez point d'elle , j'aurai soin de son sort plus sincèrement que vous; elle le mérite bien.
LUC ILE
Qu'elle le mérite ou non ; ce n'est pas son éloge que je vous demande ; ce n'est pas à vos imaginations ({ueje viens répondre; parlez, Damis, l'aime&^vous ? Car s'il n'en est rien , ou ne l'épousez pas , ou trouvez bon que J'avertisse mon père qui s'y trompe, et qui serait au désespoir de s'y être trompé.
DAMIS
Et moi , madame , si vous lui dites que je ne l'aime point, si vous exécutez un dessein , qui ne tend qu'à me faire sortir d'ici avec la haine et le courroux de tout le monde, si vous l'exécutez, trouvez bon qu^en revanche je retire toutes mes paroles avec vous, et que je dise à monsieur Orgon que je suis prêt à vous épouser quand on le voudra , dès aujourd'hui , s'il le faut.
LUCILE
Oui-dà , monsieur , le prenez-vous sur ce ton menaçant ? Oh ! je sais le moyen de vous en faire prendre un autre ; allez votre chemin , monsieur, poursuivez; je ne vous retiens pas ; allez , pour vous venger , vio-