‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 61 sur 333 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

1er des promesses dont Toubli ne serait tout au plus pardonnable qu'à quiconque aurait de Famour ; courez vous punir vous-même, vous ne manquerez pas votre coup ; car je vous déclare que je vous y aiderai , moi. Ah! vous m'ëpouserez , dites -vous, vous m'épouserez? Et moi aussi, monsieur, et moi aussi; je serai bien aussi vindicative que vous ^ et nous verrons qui se dédiera de nous deux. Assurément le compliment est admirable ! C'est une jolie petite partie à proposer !

DAMIS

Eh bien ! cessez donc de me persécuter , madame. J'ai le cœur incapable de vous nuire ; mais laissezmoi me tirer de Tétat où je suis ; contentez-vous de m'avoir déjà procuré ce quim'arrive *, on ne m'of&irait pas aujourd'hui votre sœur, si, pour vous obliger, je n'avais pas paru m'attacher à elle , ou si vous n'aviez pas dit que je l'aimais. Souvenez- vous que j'ai servi vos dégoûts pour moi avec un honneur, une fidélité surprenante, avec une fidélité que je ne vous devais point, que tout autre, à ma place, n'aurait jamais eue; et ce procédé si louable, si généreux, mérite bien que vous laissiez en repos un homme qui peut avoir porté la vertu jusqu'à se sacrifier pour vous. Je

* Ah! vous m'épouserez, dites^ous, vous m'épowuerez? Et moi aussi, monsieur, et moi aussi; je serai bien aussi vindicative que vous. Charmant dëpit! On n^est ëtonnë que d^une chose , c^est que Damb ne soit pas déjà aux genoax de Lucile. La pièce est évidemment terminée.

ne veux pas dire que je vous aime ; non, Lacile, rassore^vous ^ mais enfin vous ne savez pas ce qui en est , vous en pourriez douter ; vous êtes assez aimable sans cela, soit dit sans vous louer; je puis vous épouser, vous ne le voulez pas, et je vous quitte. En vérité, madame , tant d'ardeur à me faire du mal récompense mal un service que tout le monde, hors vous, aurait soupçonné être difficile à rendre ! Adieu , madame. (U s'en Ta.)

LUCILE

Mais attendez donc , attendez, donnez-moi le temps de me justifier ; ne tient-il qu'à s'en aUer , quand on a chargé les gens de noirceurs pareilles ?

DAMIS

J'en dirais trop si je restais.

LUCILE

Oh ! vous ferez comme vous pourrez -, mais il faut m'entendre.

DAMIS

Âpres ce que vous m'avez dit , je n'ai plus rien à savoir qui m'intéresse.

LUCILE

Ni moi plus rien à vous répondre ; il n'y a qu'une chose qui m'étonne , et dont je ne devine pas la raison; c'est que vous osiez vous en prendre à moi d'un mariage que je vois qui vous plaît; le motif de cette hypocrisie-là me parait aussi ridicule qu'inconcevable, h moins que ce ne soit ma sœur qui vous y engage , pour me cacher l'accord de vos cœurs et la part qu elle a à un engagement que j'ai refusé, dont je ne

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