‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 65 sur 333 · FRONTIN, PHÉNICE · texte numérisé non relu

FRONTIN, PHÉNICE

FRONTIN, à part.

Il est 9 parbleu ! fâché -, mais il était temps qu'il partît 9 voilà Phénice qui arrive.

PHÉNICE

Eh bien ! tu m'as dit que ton maître m'attendait ici 9 et je ne le vois pas.

g6 LES SERMENS INDISCRETS,

C'est qu'il s'est retiré à cause de monsieur Ergaste -, mais il se promène ici près , où j'ai ordre de l'aller prendre.

PHÉNIGE.

Va donc.

FRONTIN

Madame , oserais-je auparavant me flatter d'un petit moment d'audience ?

PHÉNICE

Parle.

FROWTIlï.

Dans mon petit état de subalterne , je regarde , j'examine , et, chemin faisant, je vois par ci , par là, des gens que je n'aime point, d'autres qui me reviennent et à qui je me donnerais pour rien ; ce ne laisserait pas que d'être un présent.

PHÉNIGE.

Sans doute ; mais à quoi peut aboutir ce préambule?

FRONTIN

A vous préparer à la liberté que je vais prendre , madame , en vous disant que vous êtes une de ces personnes privilégiées pour qui ce mouvement s]rmpathique m'est venu.

PHÉNIGE.

Je t'en suis obligée , mais achève.

Si vous saviez combien je m'intéresse à votre sort, auquel je vois prendre un si mauvais trai(i ! . . .

PHÉNIGE.

Explique-toi mieux.

ACTBIV, SCÈITEIIL 97

FRORTIN.

Vous aliez épouser Damis ?

PHéSIGE.

On le dit.

FR0NTI9.

Motus ! Je vous avertis que vous ne pouvez en épouser que la moitié.

PHÉniCE.

La moitié de Damis ! Que veux-tu dire ?

FRONTIN

Soncœurne se marie pas', madame ; il reste garçon.

PHÉNICfi.

Tu crois donc qu'il ne m'aime pas ?

froutin.

Oh ! oh ! vous n'en êtes pas quitte à si bon marché.

PHiNIGE.

C'est-à-dire qu'il me hait ?

FRONTIN

Ne sera-t-il pas trop malhonnête de vous l'avouer ?

PHÉNICE

Eh ! dis-moi , n'aimerait-t-il pas ma sœur ?

FRONTIN

A la fureur.

PHÉlflCE.

Eh ! que ne l'épouse-t-il ?

' 4^ofi eceur ne se marie pas. Il faUait en rester 14 ; comme on dit que des cœurs sont unis ^ et que le mariage emporte l'idée de Punion , Petprit passe aisément d'une idée à rantre» et Ton se figure très-bien deux personnes dont les corps sont maria., mais dont les cœurs ne le sont pas. Mais un cœur qui reste garqon n'ajoute a la pensée qu'une expression affectée et inutile.

gS LES SERMENS INDISCRETS,

FEONTIN.

C'est encore une autre histoire que cette a(Ëiire-lÂ.

PHÉRIGE.

Parle donc !

FRONTIW.

C'est qu'ils ont d'abord débuté ensemble par un vertigo -, ils se sont liés mal à propos par je ne sais quelle convention de ne s'aimer ni de ne s'épouser, et ont délibéré que , pour faire changer de dessein aux pères, Damis ferait semblant de vous trouver de son goût; rien que semblant, vous entendez bien?

PHÉNIGE.

A merveiUe.

Et comme le cœur de l'homme est variable , il arrive aujourd'hui que leur cœur et leur convention ne riment pas ensemble , et qu'on est fort embarrassé de savoir ce qu'on fera de vous^ vous entendez bien ? car la discrétion ne veut pas que j'en dise davantage.

PHÉNIGE.

En voilà bien assez ^ je suis au fait , et , de peur d'être ingrate , je te confie à mon tour que ta discrétion mériterait le châtiment du bâton.

FROIÎTIN.

Sur ce pied-là , gardez-moi le secret -, je vois mon maître , et je vais lui dire d'approcher.

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