CORRIGÉ
COMÉDIE KJN TROIS ACTES ET EN PROSE
pour la primii're to'is par Ira comédiens fiançiili le 6 DOTcmbre 17^4-
JUGEMENT
Ij'ESTuoe règle de l'art drainalique, qu'une fois mis c» scène, un personange ne doit jamais démentir le carac- (cre que l'auteur lui a donné.
Qu'en toiil avec soi-mime il te moDtre li'accord.
El (juil soit jusqu'au bout tel qu'on l'a tu d'abord,
a dit Boileau, d':iprès Horace; et cette règle, fondée sur U raison, est justifiée par l'exemple. Harpagon, Alceste , Tartufe, le Joueur, le Méchant, le Métromane, restent jusqu'à la fin ce qu'on les a vus au commencement. Ils sont
; de leurs vices ou de leurs travers par leurs t
1 leurs vices mêmes , mais ils ne sont pas corrigés, 1,0 principe est incontestable; cependant, comme dans toutes les maximes générales, n'y a-t-il pas ici quelque, (lùitinction à faire, quelque exception à admettre?
Il est des vices ou des ridicules qui ont leur racine dans le cfcurde l'homme, qui en pénétrent toute la profondeur, qui en remplissent loule l'étendue -, il en est d'autres qui n'en «.'ITleurent en quelque sorte que la superficie , et dont nu léger effort sur soi-même peut amener facilement la guétison. C'est pour les premiers que la règle de la persévérance subsiste dans toute sa forte. Qu'un avare, un jaloux ,
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un joueur, un hypocrite , se convertisse et change du noir au blanc en vingt-quatre heures , c'est ce qui choque la vraisemblance, et ce que le bon sens n'admettra jamais. Il n'en est pas de même des seconds : comme ils pèchent plutôt par légèreté que par réflexion , par esprit d'imitation que par une inclination bien prononcée , présentezleur le miroir, ils verront à l'instant tout ce qu'il y a de difforme dans la physionomie d'emprunt qu'ils se sont donnée ; à peine ils se seront reconnus , qu'ils rougiront d'eux-mêmes; et un sentiment vrai, tel que l'amour, reprenant sur leur âme un empire que la frivolité de la mode voudrait en vain lui disputer, ils redeviendront promptement ce que la nature les a faits. Ils ne s'agit pour eux que de dépouiller des manières extérieures, un langage de convention, une vanité puérile, toutes choses que l'on quitte avec plaisir, parce qu'on les a prises sans qu'on s'en soit dissimulé le danger ou le ridicule , et dont, au fond, on se sentait plus embarrassé que réjoui.
C'est dans cette position que se trouve le petit-maitre de Marivaux. Il croit indigne de lui, non pas d'être amoureux, mais de le paraUre» Dès qu'il a vu Hortense, il est k demi vaincu; l'autorité maternelle, un peu de jalousie contre im prétendu rival et le mépris que lui inspire une coquette fieffée qui le fatigue de ses poursuites, n'auront pas de peine à achever le triomphe de l'amour.
Cette conversion est naturelle et possible; la leçon qu'elle amène est utile ; les différens caractères qui concourent à la produire sont agréablement variés; la pièce est bien écrite, et si elle n'est pas restée au théâtre, c'est un malheur qu'elle partage avec une foule de jolis ouvrages que le suffrage des amateurs venge tous les jours de l'injuste oubli où ils sont tombés par la négligence des comédiens*
SUR LE PETIT-MAITRE CORRIGÉ. iSg
Le Petit'-MaUrc corrigé eut dix repr&entations dans sa nouyeauté , et il continua à être joué de temps en temps, jusqu'en 1 762 , époque de la première retraite de Grandval. Le rôle de Rosimond était un des rôles de prédilection de cet acteur, qui l'avait joué d'original avec une grande supériorité. « Grandval, dit mademoiselle Clairon dans ses « Mémoires, ne sera peut-être jamais remplacé dans les « petits-maîtres de bonne compagnie. » Cependant mademoiselle Clairon avait vu Mole et Fleury.
PERSONNAGES
LE œMTE, père d'Hortense.
LA MARQUISE
UORTENSE, fille du comte.
ROSIMOIO) , fils de la nurijuise.
DORIMÈNE
DORAI<f TE , ami de Rosimond.
MARTOr^ , suivante dllorteiise.
FRONTIN, Talet de Rosimond.
La scène est à la campagne, dans la maison du comte.