ACTE I, SCÈNE VIT
SILVIA
Va, je te souhaite de bon cœur une meilleure situation que la tienne, et je voudrais y contribuer; la fortune a tort avec toi.
DORANTE
Ma foi ! Tamour a plus tort qu'elle; j'aimerais mieux qu'il me fût permis de te demander ton cœur, que d'avoir tous les biens du monde.
SILVIA, à pari.
Nous voilà , grâce au ciel , en conversation réglée. (Haat.) Bourguignon, je ne saurais me fâcher des discours que tu me tiens; mais, je t'en prie, changeonsd'entretien. Venons à ton maitre. Tu peux te passer de me parler d'amour, je pense.
DORANTE
Tu pourrais bien te passer de m'en faire sentir, toi.
SILVIA
Ah! je me fâcherai; tu m'impatientes. Encore une fois, laisse là ton amour.
DORANTE
Quitte donc ta figure.
SILVIA, ipart.
A la fm , je crois qu'il m'amuse '.... (Haut.) Eh bien !
' Qu'il m'amuse pour qu'il se joue de moi. Peut-être y avait-il dans le texte : Je crois qu'il s'amuse. '^
aïo LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD,
Bourguignon, tu ne veux donc pas finir? Faudra-t-il que je te quitte ? ( a part.) Je devrais déjà Favoir fait.
DORANTE
Attends, Lisette, je voulais moi-même te parler d'autre chose ^ mais je ne sais plus ce que c'est.
J'avais de mon côté quelque chose à te dire ; mais tu m'as fait perdre mes idées aussi , à moi.
DORAKTE.
Je me rappelle de t'avoir demandé si ta madtresse te valait.
SILTIA.
Tu reviens à ton chemin par un détour*, adieu.
DOKAKTE.
Eh ! non , te dis-je , Lisette ^ il ne s'agit ici que de mon maître.
SILVIA
Eh bien ! soit, je voulais te parler de lui aussi, et
j'espère que tu voudras bien me dire confidemment
ce qu'il est. Ton attachement pour lui m'en donne
, bonne opinion^ il faut qu'il ait du mérite, puisque
tu le sers.
DORANTE
l\i me permettras peut-être de te remercier de ce que tu me dis là , par exemple ?
SILVIA
Veux-tu bien ne prendre pas garde à l'imprudence (|ue j'ai eue de le dire?