ACTE I, SCÈNE I. 3o
chez le sage Hermocrate, qui Fa élevë, et à qui Euphrosine, parente de Clëomène, le confia, sept ou huit ans après qu'il fut sorti de prison. Tout ce que je te dis là , je le sais d'un domestique qui était , il n'y a pas long-temps , au service d'Hermocrate, et qui est venu m'en informer en secret, dans Tespoir d'une récompense.
HEKMIDAS.
N'importe, il faut s'assurer de sa personne , madame.
PHOCIOlf.
Ce n'est pourtant pas là le parti que j'ai pris ; un sentiment d'équité , et je ne sais quelle inspiration , m'en ont fait adopter un autre. J'ai d'abord voulu voir Agis ^ c'est le nom du prince. J'appris qu'Hermocrate et lui se promenaient tous les jours dans la forêt qui est à côté de mon château. Sur cette instruction, j'ai quitté, comme tu sais, la ville, je suis venue ici, j'ai vu Agis dans cette forét^ à l'entrée de laquelle j'avais laissé ma suite* Le domestique qui m*7 attendait , me montra ce prince lisant dans un endroit du bois assez épais. Jusque-là j'avais bien entendu parler de l'amour ; mais je n'^en connaissais que le nom. Figure -toi, Corine, un assemblage de tout ce que les grâces ont de noble et d'aimable ', à peine t'imagineras-tu les charmes de la figure et de la physionomie d'Agis.
HERMIDAS.
Ce que je commence à imaginer de plus clair, c'est
3o4 LE TRIOMPHE DE L'AMOUR,
que ces charmes -là pourraieut bien avoir mû le j
nôtres en campagne ' .
J'oublie de te dire que, lorsque je me relirai, Hcf* mocrate parut; car lu domestique, en se cachant, me dit que c'était lui ; et ce philosophe s'arrâla poar me prier de lui dire si la princesse ne se promenait pas dans la forêt, ce qui me marqua qu'il ne me connaKsail point. Je lui répondis, assez dtîconcertëe, qa'oa disait qu'elle y <:tait , et je m'en relournai au cliîttcan.
Voilii, certes, une aventure bien siuguliëre.
Le parti que j'ai pris Test encore davantage. Je n'ai feint d'être iqdispos^e et de ne voir pei:s