‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 4)Chapitre 158 sur 315 · ACTE I, SCÈNE I. 3oi · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. 3oi

homme, vous en prenez Fattirail vous-même; et puis nous sortons incognito toutes deux dans cet équipage - là , vous , avec le nom de Phocion , moi , avec celui d'Hermidas , que vous me donnez ; et , après un quart d'heure de chemin, nous voilà dans les jardins du philosophe Hermocrate, avec la philosophie de qui je ne crois pas que vous ayez rien à démêler.

pHocioir.

Plus que tu ne penses.

HERHIDA8.

Or, que veut dire cette feinte indisposition, ces portraits copiés ? Qu'est-ce que c'est que cet homme et cette femme qu'ils représentent? Que signifie cette mascarade? Que nous importent les jardins d'Hermocrate ?.Que voulez-vous faire de lui ? Que voulez- vous faire de moi? Où allons-nous? Que deviendrons-nous? A quoi tout cela aboutira-t-il ? Je ne saurais le savoir trop tôt; car je m'en meurs.

PHocioir.

Écoute -moi avec attention. Tu sais par quelle aventure je règne en ces lieux. J'occupe une place qu'autï'efois Léonidas, frère dé mon père, usurpa sur Cléomène son souverain, parce que ce prince, dont il commandait alors les armées, devint, pendant son absence, amoureux de sa maîtresse , et l'enleva. Léonidas, outré de douleur, et chéri des soldats, vint comme un furieux attaquer Cléomène, le prit avec la prince$se son épouse , et les enferma tous deux. Au

3o2 LE TRIOMPHE DE 1/ AMOUR,

bout de quelques années, Clëomène mourut aon bien que la princesse son épouse , qui ne lui suirëcol que six mois. La reine, en mourant, mit au monde im prince qui disparut, et qu'on eut l'adresse de soustraire à Lëonidas. Celui-ci n'en découvrit jamais la moindre trace , et mourut à son tour sans enfans , regretté du peuple qu'il ayait bien gouyemé, et qui lui vit tranquillement succéder son frère. C'est à ce frère qoe je dois la naissance, et que j'ai succédé moi-même.

HERMIDÂS.

Oui-, mais tout cela né dit encore rien de notre déguisement, ni des portriuts dont j'ai fait la copte; et voilà ce que je veux savoir.

7HOGION.

Doucement ! Ce prince , qui reçut la vie dans la prison de sa mère, qu'une main inconnue enleva dès qu'il fut né, et dont Léonidas ni mon père n^ont jar mais entendu parler, j'en ai des nouvelles, moi.

HERMIDAS.

Le ciel en soit laué 1 Vous l'aurez donc bientôt en

votre pouvoir?

PHociozr. j

Point du tout-, c'est moi qui vais me mettre aa sien.

HERMIDAS.

Vous, madame! vous n'en ferez rien , je vous jure^ je ne le souffrirai jamais. Comment doue!

PHocioir.

Laisse - moi achever. Ce prince est depuis dix ans

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