ACTE r, SCÈNE VI
I«ÉOIÎTIIÎE.
Un amour vertueux peut- il exiger ce qui ne l^est pas? Quoi! voulez-vous que mon cœur s'égare! Que venez -vous faire ici, Phocion? Ce qui m'arrive est-il concevable ? Quelle aventure ! 6 ciel ! quelle aventure ! Faudra-t-il que ma raison y périsse? Faudra-t-il que je vous aime, moi qui n'ai jamais aimé? Est-il temps que je sois sen»ble ? Car enfin vous me flattez en vain ; vous êtes jeune, vous êtes aimable, et je ne suis plus ni Tun ni l'autre.
PHOCION
Quel étrange discours !
LÉONTIJÏB..
Oui , seigneur, je l'avoue , un peu de beauté, dit-on , m'était échue en partage^ la nature m'avait dépaiti quelques charmes que j'ai toujours méprisés. Peutêtre me les faites-vous regretter , je le dis à ma honte ; mais ils ne sont plus , ou le peu qui m'en reste va se passer bientôt.
PHOCION
Eh ! de quoi sert ce que vous dites là , Léontine ? Convaincrez-vous mes yeux de ce qui n'est pas ? Espérez-vous me persuader avec ces grâces? Avez -vous pu jamais être plus aimable ?
LÉONTINE
Je ne suis plus ce que j'étais.
PHOCION
Tranchons là-dessus, madame; ne disputons plus.
Oui, j'y consens; toute charmante qne tous êtes, votre jeunesse vase passer, et je sois dans la mienne} mnis toutes les âmes sont du même Âge. Vous savez ce que je vous demande ; je vais en presser Hermocrate , et je mourrai de douleur si vous ne ra'files pas favoraLie.
LÉONTinE.
Je ne sais encore ce que je dois faire. Voici Hermocrate qui vient^ et je tous servirai, en attendant que je me diStermine '.