‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 4)Chapitre 175 sur 315 · ACTE I, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIII

Je ne vous entends point , seigneur.

HERMOGRÀTE.

Cet habit-là n'est pas le vôtre-, avouez-le , madame; je vous ai vue ailleurs.

PBOCIONy affrclant d*étre turpria.

Vous dites vrai , seigneur.

BERMOCRÀTE.

Les témoins, comme vous voyez, n'ëtaient pas nécessaires; du moins ne rougissez- vous que devant moi.

PHOCIOlf.

Si je rougis, je ne me rends pas justice, seigneur, et c'est un mouvement que je désavoue *, mon déguisement n'enveloppe aucun projet dont je doive être confuse.

BERMOCRÀTE.

Moi, qui entrevois ce projet, je n'y vois cependant rien de convenable à l'innocence des mœurs de votre sexe, rien dont vous puissiez vous applaudir. L'idée de venir m'enlever Agis, mon élève, d'essayer sur lui de dangereux appas, de jeter dans son cœur un trouble presque toujours funeste-, cette idée -là, ce me semble, n'a rien qui doive vous dispenser de rougir, madame.

PHOCION

Agis ! qui ? ce jeune homme qui vient de paraître ici? Sont -ce là vos soupçons? Ai -je rien en moi qui

33o LE TRIOMPHE DE L'AMOUR, ■■

les justifie? Est-ce ma physionomie (jui vous les ini^ pire, et les mt^rite-t-elle? Faul-il cjuc ce soit vous qui me lassiez cet outrage? Faut-il que des sentimens tels que les miens l'attirent ? et les dieux , qui savent mes desseins, ne me le devaient-ils pas épargner? Non, si'iyneur, je ne viens point ici troubler le coeur d'Agis. Tout L'Ievi^ qu'il est par vos mains, tout fort qu'il est de la sagesse de vos leçons, ce déguisement pour lui n'eût pas été nécessaire. Si je l'aimais, j'en auniis espéré la conquête fi moins de frais; il n'aurait fallu qtte me montrer peut-ijtre, <|ue faire parler mes yeux; sod âge et mes faibles appas m'auraient fait raison de son cœur. Mais ce n'est pas à lui que le mien en veut. Celui que je cherclio est plus difficile à surprendre ^ il ne relève point du pouvoir de mes yeux; mes appas ne feront rien sur lui. Vous voye* que je ne compte

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