‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 4)Chapitre 235 sur 315 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ANGÉLIQUE

Eh bien ! ma mère n'a qu'à Taimer pour nous deux^ car pour moi, je n'aimerai jamais qu Éraste.

LISETTE

n le mërite bien.

Oh! pour cela, oui. C'est lui qui est aimable, qui est complaisant, et non pas ce monsieur Damis, que ma mère a ëtë prendre je ne sais où -, qui ferait bien mieux d'être mon grand-père que mon mari; qui me glace quand il me parle, et qui m'appelle toujours ma belle personne , comme si on s'embarrassait beaucoup d'être belle ou laide avec lui ; au lieu que tout ce que me dit Éraste est si touchant! On voit que c'est du fond du cœur qu'il parle, et j'aimerais mieux être sa femme seulement huit jours, que de l'être toute ma vie de l'autre '.

LISETTE

On dit qu'il est au désespoir, Éraste.

ANGÉLIQUE

Eh! comment veut- il que je fasse? Hélas! je sais bien qu'il sera inconsolable. N'est-on pas bien à plain-

■ T aimerai* mieux être sa femme seulement huit jours. C*ett , quant & la forme, une imitation d^une ëpigramme trét- connue de Jean-Baptisle Rousseau.

TtÎMamnà» miens, foor la bien de moa iae, Avoir A&ire k dix filles par mois Q«« de tweWr •■ dis •m «m femme.

<Irc, quand on s'aime tant, de n'être p.ts ensemble? Ma mère dit qu'on est oliligii d'aimer son mari; eh bien ! qu'on me donne Krnste, je l'simerai tani qii' voudra. Puisque je l'aime avant que d'y lîlre obligiiCi je n'aurai ^arde d'y manquer quand il le faudra \ cela me sera bien commode.

LISETTE

Mais, avec ces sentimeiis-Ià, que ne refusez-TOtts couiayeusenient Damis? Il est encore temps. Voos t)les d'une vivacitti (.'tonnante avec moi, et vous tremblez devant voire mJ^re. Il faudrait lui dire ce soir: Cet liomnie-là est trop vieux pour moi ; je ne l'aime point je le bais, je le baïrai, et je ne saurais l'épouser.

AHGÈLIQrE.

Tu as raison; mais quand ma mère meparle^ jes^,

nias d'esprit. Cependant ie sens «ue i'en ai assuré-

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