ACTE II, SCENE lÏL 53j
LA COMTESSE
0h! sar ce pied-là, vous n*ayez donc qu'à rendre grâce au ciel; vos souhaits ne sauraient être plus exaucés qu'ils le sont.
LA MARQUISE
Je vous certifie que j'en suis charmée.
LA COMTESSE
Vous me rassurez. Ce n'est pas qu'il n'ait tort^ VOUS êtes si aimable qu'il ne devrait plus avoir des yeux pour personne. Mais peut-être vo«s était-il i moins attaché qu'on ne l'a cru. ^¥^
LA MARQUISE
Non, il me Tétait beaucoup*, mais je l'excuse. Quand je serais aimable, vous l'êtes encore plus que moi, et vous savez l'être plus qu'une autre.
LA COMTESSE
Plus qu'une autre ! Ah ! vous n'êtes point si charmée , marquise. Je vous disais bien que vous me manqueriez de parole. Vos éloges baissent. Je m'accommode pourtant de celui-ci *, j'y sens une petite pointe de dépit qui a son mérite; c'est la jalousie qui me loue.
LA MARQUISE
Moi, de la jalousie?
LA COMTESSE
A votre avis , un compliment qui finit par m'appe-
538 L'HEUREUX STRATAGEME,
1er coquette, ne viendrait pas d'elle? oh! que si, maiquise ^ on l'y reconnaît.
LA HARQUI8E.
Je ne songeais pas à vous appeler coquette.
LA GOliTBSSE.
Ce sont des choses qui se trouvent dites avant qa*Ofl y rêve.
Mais, de bonne foi, ne Fétes-vous pas un peu?
LA COMTESSE
Oui-dà *, mais ce n'est pas assez qu^un peu. Ne voos refusez pas le plaisir de me dire que je le suis beaucoup ; cela n empêchera pas que vous ne le soyez autant que moi.
LA MARQUISE
Je n'en donne pas tout-à-fait les mêmes preuves.
LA COMTESSE
c'est qu'on ne prouve que quand on réussit. Le manque de succès met bien des coquetteries à couvert-, on se retire sans bruit, un peu humiliée, mais incognito ^ c'est l'avantage qu'on a.
LA MARQUISE
Je réussirai quand je voudrai , comtesse ; vous le verrez, cela n'est pas difficile ^ et le chevalier ne vous serait peut-être pas resté , sans le peu de cas que j'ai fait de son cœur.