ACTE II, SCÈNE V. 54i
demande pardon, je me trompp. J'ai cru de loin voir tout à Theure la marquise ici , et dans ma préoccupation je vous ai prise pour elle.
LA COMTESSE
Il n'y a pas grand mal , Dorante. Mais quel est donc ce scrupule qu'on vous oppose ? Qu'est-ce que cela signifie?
DORANTE
Madame, c'est la suite d'une conversation que nous avons eue ensemble, et que je lui rappelais.
LA COMTESSE
Mais dans cette conversation, sur quoi tombait je scrupule dont vous vous plaignez ? Je veux que vous me le disiez.
DORANTE
Je vous dis, madame, que ce n'est qu'une bagatelle dont j'ai peine à me ressouvenir moi-même. C'est, je pense, qu'elle avait la curiosité de savoir comment j'étais dans votre cœur.
LA COMTESSE
Je m'attends que vous avez eu la discrétion de ne le lui point dire, peut-être?
DORANTE
Je n'ai pat le défaut d'être vain.
Non-, mais on a quelquefois celui d'être vrai. Et que voulait- elle faire de ce qu'elle vous demandait?
54s L'HEUREUX STRATAGÈME,
DOEAITTE.
Cariositë pure, voas dis-je.
LÀ GOIITESSB.
Et cette curiosité parlait de scrupule ! Je n y entends rien.
DORÀ9TE.
Cest moi qui, par hasard, en croyant Taborder, me suis servi de ce terme-là, sans savoir pourquoi.
LA COMTESSE
Par hasard! Pour un homme d* esprit, vous vous tirez mal d'affaire. Dorante^ car il y a quelque mystère là-dessous.
DORANTE
. Je vois bien que je ne réussirais pas à tous persuader le contraire, madame-, parlons d'autre chose. A propos de curiosité, y a-t-il long-temps que vous n'aTez reçu de lettres de Paris ? La marquise en attend • elle aime les nouvelles ^ et je suis sûr que ses amis ne les lui épargneront pas, s'il y en a.
LA COMTESSE
Votre embarras me fait pitié.
DOEAIiTE.
Quoi ! madame , vous revenez encore à oitte bagatelle-là !
Je m'imaginais pourtant avoir plus de pouvoir sor