ACTE III, SCÈNE VI. 58i
LISETTE
Je la sais de vous -même. D'abord, vous avez nié que c'en fût une, parce que vous n'aimiez pas Dorante, disiez-vous. Ensuite vous m'avez prouvé qu'elle était innocente. Enfin, vous m'en avez fait l'éloge, et si bien l'éloge, que je me suis mise à vous imiter^ ce dont je me suis bien repentie depuis.
Eh bien! mon enfant, je me trompais^ je parlais d'infidélité sans la connaître.
LISETTE
Pourquoi donc n'avez-vous rien épargné de cruel pour vous ôter Dorante ?
LA COMTESSE
Je n'en sais rien-, mais je l'aime, et tu m'accables \ tu me pénètres de douleur. Je l'ai maltraité, j'en conviens. J'ai tort, un tort affreux, un tort que je ne me pardonnerai jamais, et qui ne mérite pas qu'on l'oublie ! Que veux -tu que je te dise de plus? Je me condamne \ je me suis mal conduite , il est vrai .
LISETTE
Je vous le disais bien, avant que vous m'eussiez gagnée.
LA COMTESSE
y Misérable amour- propre de femme, misérable val nité d'être aimée , voilà ce que vous me coûtez ! J'ai voulu plaire au chevalier, comme s'il en eût valu la peine-, j'ai voulu me donner cette preuve-là de mon mérite*, il manquait cet honneur à mes charmes. Les
59i l/HEUREUX STRATAGEME,
voila bien i^loricux! J'ai fait ik conquête du cheva-
tii.T, et j'ai perdu Dorante!
Quelle diU'érence !
LA COMTESSE
Bien ]>lus , c'est que le chevalier est un homme <|iie JL- liais n^tiiiellement quand je m'ëcoute; un homme qui; j;ii liiiijours trouve ridicule, que j'ai cent fois r;nliû moi-même, et qui me reste à la place du plus aimable homme du monde. Ah ! que je suis bellei
LISETTE
>o penlcK point le temps à vous affliger, madame. Doriiiili; ne sait pas que vous l'aimez encore. Le laissfiv.-voiis II 1.1 marquise? Voulez-vous tâcher de le