‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 4)Chapitre 315 sur 315 · ACTE III, SCENE X · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE X

aimais, sandis! passablement, avec quelque réminiscence pour elle. Oui, Dorante, nous étions dans lé tendre. Laisse là Thisloire qu'on té fait, mon ami. U ^ fâche madame que tu la désertes, que ses appas restent inférieurs 5 sa gloire crie, té redemande , fait la syrène ^ que son chant té trouve sourd. (Montrant u marquise.) Prends un regard dé ces beaux yeux pour té servir d'antidote; demeure avec cet objet que Tamour Tenge dans mon cœur. Je lé dis à regret, je disputerais madame dé tout mon sang, s'il m'appartenait d'entrer en dispute. Possède-la, Dorante, et bénis lé ciel du bonheur qu'il t'accorde. Dé toutes les épouses la plus estimable , la plus digne dé respect et d'amour, c'est toi qui la tiens ; dé toutes les pertes la plus immense, c'est moi qui la fais; dé tous les hommes lé plus ingrat, lé plus déloyal, en même temps lé plus imbécile , c'est lé malheureux qui té parle.

LA MARQUISE

Je n'ajouterai rien à la définition; tout y est.

LA COMTESSE

Je ne daigne pas répondre à ce que vous dites sur mon compte , chevalier ; c'est le dépit qui vous l'arrache. Je vous ai dit mes intentions, Dorante; qu'il L'n^en soit plus parlé, si vous ne les méritez pas.

LA MARQUISE

Nous nous aimons de bonne foi ; il n'y a plus de remède, comtesse. Deux personnes qu'on oublie ont ^en droit de prendre parti ailleurs. Tâchez tous deux

5()6 L'HEUREtJX STRATAGE^ÎE,

(le nous oublier encore-, Tons siYcr. comment cela fait , et cela vous doit élrt plus aisé cette fois-d q l'yiitre. (Ai> nDi^inj Approchez, monsicor. \o\à II contrat qu'on nons apporte Jt signer, Dorante; prit madame de vouloir bien l'honorer de sa signature.

LA COHTBS8B.

Quoi! si tôt?

LA UAKQOtSK.

Uui, madame, sivoii9 nous le permettes.

LA COHTKSSE.

C'est Dorante à qui je parle, madame.

dobahte.

Oui, madame.

COMTESSE

'i- ACTE m, SCÈNE X. 597

; LA COMTESSE, rite.

Donnez. . • . (eiu tfgne «t jeit« u pium« après. ) Âh ! perfide !

( EU« tombe dans les bras de Lisette. ) \ DORANTE, se jeUoti ses geooat.

Ah ! ma chère comtesse ' !

LA MARQUISE

Rendez-Yous à présent; voos êtes aimé, Dorante.

AALEQailf.

Quel plaisir , Lisette !

Je suis coûtetite.

LA COMTESSE

Quoi ! Dorante à mes genoux !

BOAAXITE.

Et plus pénétré d*amdur qu'il ne le fut jamais.

LA COMTESSE

Levez-vous. Dorante m'aime donc encore?

DOAAHTE.

Et n'a jamais cessé de vous aimer.

LA COMTESSE

j^;. *Et la marquise ?

' Cette péripétie ëminemment dramatique dut avoir un grand

succès dans sa nouveauté, si Poo en juge par Pefiet que produisent

^--. encore aujourd'hui des combinaisons analogues, malgré Tétrange

•bus qu'en ont fait à tout propos des auteurs sans goût et sons talent.

L'HEUREUX STRATAGEME,

Cesl l'ilo il qui je devrai votre cœur, si tous melô rLiulez, comtesse; elle a tout conduit.

LA COMTESSE

Ali ! je respire ! Que de chagrin vous m'avez donné! r.oiiiiiiL'iiL :ivL'z-voLis pu feindre si loog-teraps?

DORAMTS.

Te nu r.ii pu qu'à force d'amour; j'espérais de re-

f;;if^'iioi' ce que j'aime.

Page 1