EN UN ACTE ET EN IPBOSE
Reprëseot^e poar la première fois par les oomëdieiu italîena ,
le 1 6 juillet 1720.
JUGEMENT
SUR LA COMËDIE
JMous voici arrivés au théâtre italien de Marivaux. La pièce que l'on va lire est la seconde'qu'il ait fait représenter en public; elle fut jouée le lendemain même du jour où l'on avait donné aux Français sa tragédie d^AnnibaL
Le sujet est le même que celui X Anaximandrc , avec la différence que l'on doit s'attendre à trouver entre un philosophe grec et le personnage balourd de la comédie italienne. C'est également, comme dans l'agréable ouvrage de M. Andrieux , un individu d'un caractère maussade et grossier, à qui l'amour apprend subitement les belles manières , qui ont quelquefois plus de pouvoir que les plus tendres scntimens sur le cœur des dames.
La fée de Marivaux, plus intelligente et plus sure de son fait que l'Aspasie de M. Àndrieux , s'accommode fort bien d'Arlequin, tel que sa bonne fortune le lui présente. Elle ne se rebute point d'une écorce qu'un coup de sa baguette fera disparaître à son gré. Mais Arlequin , tout stupide qu'il paraît, n'est pas dupe des agaceries de la fée; il sait que l'attachement qu'elle lui témoigne est une infidélité, qu'elle s'est promise à l'enchanteur Merlin dont il aurait â redouter la vengeance. Plus il reçoit de provocations , plus il affecte d'y être sourd ; il redouble ses niai-
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séries et ses enfantillages. Cest nne jeune et simple bergère qui Pa captivé; c'est Silvia qai doit lui rendre l'esprit et la parole : elle y réussit complètement , et le mariage des deux amans se termine par les fureurs très -comiques et très -impuissantes de la fée, qu'un stratagème ingénieux a dépouillée de sa baguette , et par le pardon généreux d'Arlequin , qui veut t|u'on danse , qu'on chante , et qui sort pour aller chercher quelque pari un trône qu'il puisse partager avec SiWia.
Mariyaux a tiré d'une action fort simple un acte parfaitement rempli , et digne du succès brillant qu'il obtint à sa naissance. Ce succès s'est soutenu aussi longtemps que fut maintenue ) à l'hôtel de Bourgogne , la forme de comédie qui permettait d^introduire sur le théâtre appelé Italien, les personnages de convention dont les noms avaient été empruntés â l'Italie. Effectivement | à l'époque où Marivaux donna son Arlequin poli par F amour, les noms seub des personnages étaient italiens. Les scènes, cowMnc en le verra par la suite, étaient écrites entièrement en français; il n'y avait plus de ces dialogues improvisés qui , baragouina dans un idiome étranger , permetUiient tous les genres de plaisanterie que la délicatesse du goût moderne et la décence au moins extérieure des mœurs avaient proscrits sans retour. Il est à remarquer que cette révolution eut lieu sous la régence : on commen<r çait à porter dans le langage la ^vérité que l'on avait bannie delà conduite privée.
Tous les amateurs ont dans leur bibliothèque les six volumes des canevas entremêla de scènes italiennes que Gherardi a publiés. On a dit que c'était un grenier à sel. L'expression eût été plus juste, si l'on eût dit que c'était une mine de sel enfoncée bien avant dans un terrain fangeux. Ce n'est pas en effet l'esprit qui manque dans ces
fSbauclies faciles de Regnard , de Dorneval , de Lesage , dont les comédiens s'emparaient ensuite pour en charger les traits et pour en exagérer les couleurs. On regrette que ces trâors d'un comique fin et délicat aient été altérés par l'alliage des substances les plus impures; et j'ai ton* jours été surpris que tant d'auteurs qui, de nos jours, s'occupent à refaire , à i:ecrépir ^ à ha})iller à la moderne d'anciennes comédies oubliées et très-dignes de l'être , ne songent pas de préférence à i^ajeunic, en les épurant, ces productions spirituelles et gaies , qu'unie simple opération de creuset ferait revivre avec peu de gloire , il est vrai , mais avec un grand profit pour les travailleur.
La licence fut portée si loin qu,e Louis XIV, dont la vieillesse, comme on le sait, fut peut-être trop accessi* ble aux inquiétudes et aux remords ,. au liçu de la réprimer , comme il était facile ,.par simple voie de police , crut devoir la couper daus.s^ racine,, en. faisant fe]:n^er le Théâtre-Italien, et en i^envoyaQt les.ac^ics dan3 leur patrie. Ceci se passa en 1697. ^^7 ^ loin de U G>médie-Italienne à l'abbaye de Port-Royal ; mais il n'est pas peut-être sans intérêt de remarquer que, dans l'eapa^ce de quelques années, les deux excès opposés ,. celui de la vertu et celui de la corruption, furent réprinoâ par des moyens semblables, c'est-à-dire par des violences dangereuses et au moins inutiles , auxquelles il eût été plus juste et plus facile do substituer cette action insensible du pouvoir et cette volonté ferme d'être obéi, qui, dans un prince tel que Louis XIV, n'avait jamais manqué d'efficacité.
Bannis de France, où, sous le nom de i Gelosi, les zélés, les jaloux déplaire, ils avaient été appelés successivement par Henri III , par Henri IV et par Louis XIII » les comédiens italiens n'avaient pas perdu l'espérance d'être uu jour rétablb dans un pays qui avait adopté leurs talen&.
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Api es la mort de Louis XIV, ils sollicitèrent et ils obtinrent une peiDiission de retour ; mais le régent, auquel ils s'adressèrent à cet effet , ne leur accorda leur demande qu*à condition qu'ils renonceraient au genre libre et barbare qui avait motivé leur exclusion. Lelio , chef de la nouvelle troupe, excellent comédien , et plus connu comme auteur sous le nom de Riccoboni , souscrivit avec d'autant plus de facilité à ce que l'on exigeait de lui , qu'avant sa rentrée en France , il avait essayé de nationaliser en Italie , par des traductions, le genre plus moral et plus sévère du théâtre français. Déjà il avait fait jouer à Venise le Menteur de Corneille , la Princesse tTÉlide de Molière , le Chevalier à la mode de Dancourt , t Homme à bonnes fortunes de Baron. C'était d'ailleurs un fort galant homme, très-versé dans la théorie de son art, sur lequel il a laissé des ouvrages utiles que les comédiens de nos jours feraient sagement de consulter, et auteur comique assez distingué pour que l'tme de ses pièces {ks Caquets) ait mérité de reparaître et de réussir, il y a quelques années , sur l'un des grands théâtres de la capitale.
Le premier soin de Riccoboni fut donc de s'associer quelques jeimes gens connus par leur goût pour la composition dramatique, et disposés à remplir les vues du gouvernement. Marivaux fut du nombre, et l'on verra par la quantité et le mérite des ouvrages qui vont se succéder, que ni le directeur du Théâtre-Italien n'eut à se repentir de son choix , ni l'auteur à se plaindre de la préférence qu'il donnait au théâtre de la rue Mauconseil sur celui des Fossés-Saint-Gennain-des-Prés. Autreau, Fuzelier, Delisle et Riccoboni , furent avec Marivaux les soutiens et les fournisseurs les plus ordinaires et les plus heureux de la Comédie Italienne. Ce ne fut qu'après la mort de ces auteurs que ce thcâlre, qui depuis 1716 s'était soutenu par
ses propres forces, épronya le besoin de recourir à an auxiliaire étranger. L'Opéra -comique de Monnet vint renforcer par ses accorda ^t égayer de ses couplets joyeux un spectacle privé de ses plus solides appuis , et condamné à la répétition de pièces usées , ou , ce qui étail pire, à des nouveautés insipides. Ce fut le berceau du théâtre lyrique qui porte aujourd'hui le nom de théâtre Feydeau. Grâce à la lyre de Duni, de Philidor, de Gcétry, qui neitardapas à y remplacer les orgues |K>rtatives du pont Neuf, l'enfant adoptif resta maître de la maison; et, après la mort de Carlin, arrivée en 1783 , il ne resta d^italien a,u théâtre de Lelio que l'inscription conservée par l'habitude , et qui a enfin passé plus justement au spectacle consacré à la musique de Cimarosa, de Paesiello, de Mozart, de Paër et de Rossini.
J'ai cru que cette esquisse historique ne serait pas déplacée à la tête des comédies italiennes de Marivaux. Elle servira à expliquer la contradiction qui paraît exister entre cette qualification étrangère et la langue ainsi que le genre dans lequel elles sont composées.
PERSONNAGES
LA FÉE
TRIYELIN, domestique de la f&e.
ARLEQUIN, jeune homme enlevé par la fée. SILYIA , bergère , amante d'Arlequin.
UN BERGER , amoureux de SUvia.
Autre BERGÈRE, cousine de Silyia.
Taoupe de danseurs et chanteurs.
Troupe de Lunirs.
La scène est tour k tour dans le palais de la fée et dans une
campagne voisine de ce palais.
ARLEQUIN
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