SCÈNE
LA FÉE, TRIVELIN»
TRI VELIN , « U fée qui soupire.
Vous soupirez, madame^ et, malheureusement pour vous, vous risquez de soupirer long-temps, si votre raison n'y met ordre. Mç permettrez -vous de vous dire ici mon sentiment ?
LA FÉE
Parle.
TRIVELIW.
Le jeune homme que vous avez enlève à ses parens est un beau brun , bien fait ; c'est la figure la
■ Tiwelin. CT^Iait le nom de th^tre de Dominique Locatelli , qai joaait les rôles de booffons , de farceurs et d'intrigans, sur FaDcienne scène italienne. Ce nom, proliablement dérivé du mot latin trivium, carrefour y d*où nous avons fiiit le mot trwial, exprimait le genre de rôles dont se chargeait avec beaucoup de succès LocateUi; et il est derenu depuis un nom générique , qui s'applique même , dans le langage commun , à tout homme qui affecte le triste honneur de faire rire les autres : ^est un trwelin.
Car en tout temps cei petiu trivelins.
J.»B. ROVSSEAI'.
lo ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR,
plus charmante du monde. Il dormait dans un bois quand vous le vîtes , et c'était assurément voir TAmour endormi. Je ne suis donc point surpris du penchant subit qui vous a prise pour lui.
LA FÉR.
Est-il rien plus naturel que d'aimer ce qui est aimable ?
TRIVELIW.
Oh! sans doute; cependant, avant cette aventure, vous aimiez assez le grand enchanteur Merlin *.
LA FÉE
£h bien ! l'un me fait oublier l'autre ] cela est encore fort naturel.
TRIVElm.
C'est la pure nature ; mais il reste une petite observation à faire; c'est que vous enlevez le jeune homme endormi, quand pea de jours après vous allez épouser le même Merlin qui en a votre parole. Oh ! cela devient sérieux; et, entre nous, c'est prendre la nature un peu trop à la lettre. Cependant passe encore; le pis qu'il en pouvait arriver, c'était d'être infidèle; cela serait très-vilain dans un homme, mais
' Le grand enchanteur Merlin, Merlin e«t un ëorÎTain célèbre dans rhistoire d* Angleterre do cinquième liècle, qui pcss» pour sorcier dans resjkrit de ses contemporains, parce qn^il arait des connaimaoces cxlraordinaires. On lui faisait Thonncur de lui donner le diable pour porc. Les curieux rrchercbent encore le recueil de SCS Prophétie»,