ACTE I, SCÈNE
LISETTE
Je le sais bien ; mais qu'est-ce que cela te fait?
FLAMINIÂ.
Ote cette mouche galante que tu as là >.
LISETTE
Je ne saurais; mon miroir me Fa recommandée.
FLAMINIA
nie faut, te dis -je.
LISETTE
Quel meurtre ! Pourquoi persécutes-tu ma mouche ?
FLAMINIA
J*ai mes raisons pour cela. Or çà , Lisette , tu es grande et bien faite.
LISETTE
C'est le sentiment de bien des gens.
FLAMINIA
Tu aimes à plaire ?
LISETTE
C'est mon faible.
' Ou cette mouche galante que tu as Ik. TL t^y a pas plus de cinquante ans que subsistait encore dans les proyinces cet usage eztraragant de se coUer sur le TÎsage des morceaux de tafietas noir, tailla en rond , qu*on appelait des mouches. Il n'est pas inutile de remarquer que ces mouches, qui avaient eu d*abord pour objet de cacher des boutons ou d'autres diflTormitës, étaient devenues un attiraU de toilette indispensable aux plus fraîches et aux plus jolies femmes.
FLANINIÀ.
Saurais-tu, avec uoe adresse naïve et modeste, inspirer un tendre penchant à quelqu'un , en lui témoignant d'en avoir pour Ini ; et le tout pour une
bonne tin ?
LISETTE
Mais j'en reviens à ma mouche -, elle me parait néctissaire h l'cxpûditîoQ que tu me proposes.
FLAMIMA.
N'oublieras-tu jamais ta mouche? Non, elle n'est pas nucessaire. Il s"agit d'un homme simple , d'un villageois sans expérience , qui s'imaj^ine que nous autres femmes d'ici sommes obligées d'èlre aussi modestes que les femmes de son village. Oli ! la modestie de ces femmes -là n'est pas faite comme la nôtre; nous avons des dispenses qui le scandaliseraient. Ainsi ne regrette plus ces mouches , et mets-en la valeur dans tes manières ; c'est de ces manières que je te parle ; je te demande si tu sauras les avoir comme il faut? Voyons, (|ue lui diras-tu?
Mais je lui dirai.,.. Que lui dirais -tu, toi?
Ecoute-moi; point d'air coquet d'abord. Par exemple , on voit dans la petite contenance un dessein de plaire ; oh ! il faut en eflacer cela ; tu mets je ne sais quoi d'étourdi et de vif dans ton geste ; quelquefois c'est du nonchalant, du tendre, du mignard ; tes yeux