‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 113 sur 316 · ACTE I, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIII

LISETTE

Eh IJiî mademoiselle, vous êtes une coquette; voilà de son style.

LE PRINCE

J^en suis f&ché, Lisette ^ mais il ne faut pas que cela vous chagrine \ vous n'en valez pas moins.

LISETTE

Je vous avoue, seigneur, que, si j*ëtais vaine, je n^aurais pas mon compte. J*ai eu la preuve que je puis déplaire; et nous autres femmes^ nous nous passons bien de ces preuves -là.

FLAMINIA

Allons, allons, c'est maintenant à moi à tenter l'aventure.

LE PRINCE

Puisqu'on ne peut gagner Arlequin, Silvia ne m'aimera jamais.

FLAMIiriA.

Et moi , je vous dis, seigneur , que j'ai vu Arlequin \ qu'il me plaît, à moi-, que je me suis mis dans la tête de vous rendre content; que je vous ai promis que vous le seriez \ que je vous tiendrai parole , et que de tout ce que je vous dis là je ne rabattrais pas la valeur d'un mot. Oh ! vous ne me connaissez pas. Quoi ! seigneur , Arlequin et Silvia me résisteraient 1 Je ne gouvernerais pas deux cœurs de cette espèce -là! moi qui l'ai entrepris , moi qui suis opiniâtre , moi qui suis femme I c'est tout dire. Et moi , j'irais me cacher \

Mon sexe me renoncerait. Seigneur, vous pouvez en tonte sûretë ordonner les apprêts de votre mariage, vous arranger pour cela \ je vous garantis aimé , je vous garantis marié -, Silvia va vous donner son cœur , ensuite sa main -, je Fentends d'ici vous dire : Je vous aime; je vois vos noces, elles se font; Arlequin m'épouse , vous nous honorez de vos bienfaits ' ; et voilà qui est fini.

» LISETTE

Tout est fini ? Rien n'est commencé.

FLAMINIA

Tais-toi , esprit court.

LE PRINCE

Vous m'encouragez à espérer ; mais je vous avoue que je ne vois d'apparence à rien.

FLAMINIA

Je les ferai bien venir , ces apparences ; j'ai de bons moyens pour cela. Je vais commencer par aller chercher Silvia ; il est temps qu'elle voie Arlequin.

LISETTE

Quand ils se seront vus , j'ai bien peur que tesmoyens n'aillent mal.

■ p^ou$ nous honorez de vos bienfaits. Trait de mœun et d'obsenratîon. Sur ce mot-U, on deyinerâit que la scène est à la coar. Les bienfaits da prince sont si honorables , qa^on manquerait aux convenances en lui rendant senrice gratuitement. Cest par ëgard poar lai que Ton reçoit et qae Ton stipule un salaire, \oyei rb>*toirc de Henri |V.

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