ACTE I, SCÈNE III. 3i
LA PRINCESSE
Arrête 9 arrête....
HORTENSE
Tu n'as point dit de sottise ; aa contraire , tu me parais de bonne humeur.
ARLEQUIN
Pardi ! je ris toujours ; que voulez - vous ? je n'ai rien à perdre. Vous vous amusez à être riches, vous autres , et moi je m'amuse à être gaillard. Il faut bien que chacun ait son amusette en ce monde.
Ta condition est-elle bonne? Es-tu bien avec Lélio?
ARLEQUIN
Fort bien : nous vivons ensemble de bonne amitié ^ je n'aime pas le bruit , ni lui non plus ; je suis drôle y et cela l'amuse. Il me paie bien , me nourrit bien ^ m'habille bien honnêtement et de belle étoffe , comme vous voyez-, me donne par ci par là quelques petits profits , sans ceux qu'il veut bien que je prenne , et qu'il ne sait pas; et, comme cela , je passe tout bellement ma vie.
LA PRINCESSE, k part.
11 est aussi babillard que joyeux.
ARLEQUIN
Est-ce que vous savez une meilleure condition pour moi , madame ?
HORTENSE
Hon, je n'en sache point de meilleure que celle
3i6 LE PRINCE TRAVESTI,
de ton maître -, car on dit qu'il est grand seigneur.
ARLEQUIN
Il a Tair d'un garçon de famille.
HORTEI9SE.
Tu me réponds comme si tu ne savais qui il est.
ARLEQUIN
Non, je n'en sais rien, de bonne vërité. Je Tai rencontre comme il sortait d'une bataille ^ je lui fis un petit plaisir ; il me dit, grand merci. Il disait que son monde avait été tuë^ je lui répondis, tant pis. Il me dit : Tu me plais ] veux-tu venir avec moi ? Je lui dis : Tope , je le veux bien. Ce qui fut dit , fut fait ; il prit encore d'autre monde ; et puis le voilà qui part pour venir ici, et puis moi je pars de même , et puis nous voilà en voyage, courant la poste, qui est le train du diable ; car , parlant par respect , j'ai été près d'un mois sans pouvoir m'asseoir. Âh ! les mauvaises mazettes l
LA PRINCESSE, riant.
Tu es un historien bien exact.
ARLEQUIN
Oh! quand je compte quelque chose, je n'oublie rien^ bref, tant il y a que nous arrivâmes ici, mon maître et moi. La grandeur de madame l'a trouvé brave homme , elle l'a favorisé de sa faveur ; car on l'appelle favori^ il n'en est pas plus impertinent, ni moi non plus. 11 est courtisé, et moi aussi ; car tout le monde me respecte ; tout le monde est ici en peine de