ACTE I, SCÈNE X
LÉLIO
Parbleu ! vous me charmez de me parler ainsi. Vous ne vouliez me perdre que parce que vous me soupçonniez d'être dangereux pour Tëtat. Vous âtes loua* ble, monsieur, et votre zèle est digne de récompense. 11 me servira d'exemple. Oui, je le trouve si beau que je veux Timiter , moi qui dois tant à la princesse. Vous avez craint qu'on ne m'avançât, parce que vous me croyez un espion; et moi je craindrais qu'on ne vous fit ministre , parce que je ne crois pas que l'état y gagnât; ainsi je ne parlerai point pour vous.. .. ne m'en louez-vous pas aussi ?
FRÉDÉRIC
Vous êtes fâché.
Non , foi d'homme d'honneur ; je ne suis pas fait pour me venger de vous.
FRÉDÉRIC
Rapprochons -nous. Vous êtes jeune, la princesse vous estime , et j'ai une fille aimable , qui est un assez bon parti. Unissons nos intérêts , et devenez mon gendre.
LÉLIO
Vous n'y pensez pas , mon cher monsieur. Ce mariage-là serait une conspiration contre l'étal ; il faudrait travailler à vous faire ministre.
FRÉDÉRIC
Vous refusez l'offre que je vous fais !
LÉLIO
Un espioQ devenir votre gendre ! Votre fille devenir la femme d'un aventurier ! Âh ! je vous demande grâce pour elle; j'ai pitié de la victime que vous voulez sacrifier à votre ambition ; c'est trop aimer la fortune.
FRÉDÉRIC
Je crois offrir ma fille à un homme d'honneur ; et d'ailleurs vous m'accusez d'un plaisant crime , d'aimer la fortune ! Qui est-ce qui n'aimerait pas à gouverner ?
LÉLIO
Celui qui en serait digne ^
Celui qui en serait digne ?
LÉLIO
Oui ; c'est l'homme qui aurait plus de vertu que d'ambition et d'avarice. Oh ! cet homme-là n'y verrait que de la peine.
FRÉDÉRIC
Vous avez bien de la fierté.
LÉLIO
Point du tout ; ce n'est que du zèle.
FRÉDÉRIC
. Ne vous flattez pas tant ; on peut tomber de plus
' Celui qui en gérait digne. Le Miitimeot est sublime , el il le paratt daTanUge par le laconisme de FeipressioD.