‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 193 sur 316 · ACTE I, SCÈNE X. 33i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE X. 33i

cesse ^ je sais combien elle vous estime et défère à vos avis; je vous prie de faire en sorte qu'elle pense à moi. Vous ne pouvez obliger personne qui soit plus votre serviteur que je le suis. On sait à la cour en quels termes je parle de vous.

LÉLIO

Vous y dites donc beaucoup de bien de moi ?

FRÉDÉRIC

Assurément.

Ayez la bonté de me regarder un peu fixement en me disant cela.

FRÉDÉRIC

Je vous le répète encore. D'où vient que vous me tenez ce discours ?

LÉLIO

Oui , vous soutenez cela à merveille; l'admirable homme de cour que vous êtes !

FRÉDÉRIC

Je ne vous comprends pas.

LÉLIO

Je vais m'expliquer mieux. C'est que le service que vous me demandez ne veut pas qu'un honnête homme, pour l'obtenir, s'abaisse jusqu'à trahir ses sentimens.

FRÉDÉRIC

Jusqu'à trahir mes sentimens ! Et par où jugez-vous que l'amitié dont je vous parle ne soit pas vraie ?

33a LE PRINCE TRAVESTI,

LÉLIO

Voas me haïssez , vous dis-je *, je le sais, et ne vous en yeux ancun mal ] il n^y a que Tartifice dont voas vous servez que je condamne.

FRÉDÉRIC

Je vois bien que quelqu'un de mes ennemis voas aura indisposé contre moi.

C'est de la princesse elle-même que je tiens ce que je vous dis-, et quoiqu'elle ne m'en ait fait aucun mystère , vous ne le sauriez pas sans vos complimens. J'ignore si vous avez craint la coufiance dont elle m'honore ; mais depuis que je suis ici , vous n'ayez rien oublié pour lui donner de moi des idées désavantageuses 'j vous tremblez tous les jours , dites-vous , que je ne sois un espion gagé de quelque puissance, ou quelque aventurier qui s'enfuira au premier jour avec de grandes sommes , si on le met en état d'en prendre. Oh ! si vous appelez cela de l'amitié , vous en avez beaucoup pour moi ; mais vous aurez de la peine à faire passer votre définition.

FRÉDÉRIC

Puisque vous êtes si bien instruit, je vous avouerai franchement que mon zèle pour l'état m'a fait tenir ces discours-là , et que je craignais qu'on ne se repentit de vous avancer trop. Je vous ai cru suspect et dangereux^ voilà la vérité.

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