‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 202 sur 316 · ACTE I, SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XIII

enfant -, tu me fais trembler. C'est toi-même que je te conjure d'épargner , .en te priant de sauver mon honneur. Encore une fois, arrête; la situation d'esprit où tu me mets y ne me punit que trop de mon imprudence.

ARLEQUIN

Comment! cela est épouvantable. . Je passe mon chemin sans penser à mal ; et puis vous venez à rencontre de moi pour m'oflTrir des filles ; et puis vous me donnez une pistole pour trois sous; est-ce que cela se fait? Moi, je prends cela, parce que je suis honnête ; et puis vous me fourbez encore avec je ne sais combien d'autres pistoles que j'ai dans ma poche , et que je ferai venir en témoignage contre vous, comme quoi vous avez mitonné le cœur d'un innocent , qui a eu sa conscience. et la crainte du bâton devant les yeux , et qui sans cela aurait trahi son bon maître , qui est le plus brave et le plus gentil garçon , le meilleur corps qu'on puisse trouver dans tous les corps du monde, et le factotum de la princesse; cela se peut-il souffrir ?

FRÉDÉRIC

Doucement, Arlequin ; quelqu'un peut venir ; j'ai tort ; mais finissons. J'achèterai ton silence tout ce que tu voudras ; parle , que me demandes-tu ?

ARLEQUIN

Je ne vous ferai pas bon marché ; prenez -y garde.

FRÉDÉRIC

Dis ce que tu veux ; les longueurs me tuent.

ARLEQUIN. '

Pourtant, ce que c'est que d*étre honnête homme! Je n'ai que cela pour tout potage, moi. Voyez comme je me carre avec vous! Allons, présentez - moi votre requête ^ appelez-moi un peu monseigneur^ pour voir comment cela fait. Je suis Frédëric à cette heure , et vous, vous êtes Arlequin.

FRÉDÉRIC, 4 part.

Je ne sais où j'en suis. Quand je nierais le fait, c'est un homme simple qu'on n'en croira que trop sur une infinité d'autres présomptions, et la quantité d'argent que je lui ai donnée prouve contre moi. (Haut.) Finissons, mon enfant^ quête faut-il?

ARLEQUIN

Oh ! tout bellement ; pendant que je suis Frédéric, je veux profiter un petit brin de ma seigneurie. Quand j'étais Arlequin, vous faisiez le gros dos avec moi ; à cette heure que c'est vous qui l'êtes, je veux prendre ma revanche.

FRÉDÉRIC

Ah! je suis perdu !

ARLEQUIN, à t)arU

U me fait pitié. (Haut.) Allons, consolez -vous; je suis las de faire le glorieux , cela est trop sot. U n'y a que vous autres qui puissiez vous accoutumer à cela. Ajustons-nous.

FRÉDÉRIC

Tu n'as qu'à dire.

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