‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 211 sur 316 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LA PRINCESSE, HORTENSE

LA PRINCESSE

Ma chère Hortense, apparemment ma rêverie est contagieuse^ car vous devenez rêveuse aussi bien que moi.

36o LE PRINCE TRAVESTI,

HORTENSE

Que voulez- VOUS, madame? Je vous vois rêver, et cela me donne un air pensif ; je vous copie de figure.

LA PRINCESSE

Vous copiez si bien, qu'on s'y méprendrait. Qua^t k moi, je ne suis point tranquille *, le rapport que vous me faites de Lélio ne me satisfait pas. Un homme à qui vous avez fait apercevoir que je Taime, un homme à qui j'ai cru voir du penchant pour moi , devrait , à votre discours , donner malgré lui quelques marques de joie y et vous ne me parlez que de son profond respect ; cela est bien froid.

HORTEVSE.

Mais, madame, je ne lui ai pas dit ciiiment, la princesse vous aime; il ne m*a pas répondu crûment, j'en suis charmé ; il ne lui a pas pris de transports ; mais il m'a paru pénétré d'un profond respect. J'en reviens toujours à ce respect , et je le trouve à sa place.

LA PRINCESSE

Vous êtes femme d'esprit. Avez-vous remarqué au moins que votre discours lui causât quelque surprise agréable ?

HORTENSE

De la surprise ? Oui , il en a montré. A l'égard de savoir si elle était agréable ou non, quand un homme sent du plaisir, et qu'il ne le dit point , il en aurait un jour entier sans qu'on le devinât; mais enfin, pour moi, je suis fort contente de lui.

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