‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 212 sur 316 · ACTE II, SCÈNE V. 36i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. 36i

LA PRINCESSE

Vous êtes fort contente de lui , Hortense? N'y aurait-il rien d'ëqaivoqne là -dessous? Qu'est-ce que cela signifie ?

HORTENSE

Ce que signifie, je suis contente de lui? Cela veut dife.... En vérité, madame, cela veut dire que je suis contente de lui -, on ne saurait expliquer cela qu'en le répétant. Comment feriez -vous pour dire autrement? Je suis satisfaite de ce qu'il m'a répondu sur votre chapitre ; l'aimez-vous mieux de cette façon-là ?

LA PRINCESSE

Cela est plus clair.

C'est pourtant la même chose.

LA PRINCESSE

Ne vous fâchez point ; je suis dans une situation d'esprit qui mérite un peu d'indulgence. 11 me vient des idées fâcheuses , déraisonnables. Je crains tout , je soupçonne tout ; je crois que j'ai été jalouse de vous , oui , de vous - même , qui êtes la meilleure de mes amies, qui méritez ma confiance, et qui l'avez. Vous êtes aimable , Lélio l'est aussi ; vous vous êtes vus tous deux \ vous m'avez fait un rapport de lui qui n'a pas rempli mes espérances -, je me suis égarée là-dessus , j'ai vu mille chimères \ vous étiez déjà ma rivale. Qu'est-ce que c'est que l'amour, ma chère Hortense! Où est l'estime que j'ai pour vous,

la justice que je dois voos rendre? Me reconnaissez* vous ? Ne sont-ce pas là les faiblesses d*un enfant que je rapporte ?

HORTENSE

Oui ; mais les faiblesses d*an enfant de votre âge sont dangereuses, et je voudrais bien n^avoir rien & dëméler avec elles.

LA PRIUGESSE.

Écoutez ; je n'ai pas si grand tort. Tantôt , pendant que nous étions à cette fête , Lëlio n'a presque regardé que vous-, vous le savez bien.

HORTENSE

Moi, madame?

LA PRINCESSE

Eh bien! vous n'en convenez pas; cela est mal entendu , par exemple ; il semblerait qu'il y a du mystère. N'ai -je pas remarqué que les regards de Liëlio vous embarrassaient, et que vous n'osiez le regarder, par considération pour moi sans doute?... Voos ne me réponde? pas ?

HORTENSE

C'est que je vous vois en train de remarquer ; et si je réponds, j'ai peur que vous ne remarquiez encore quelque chose dans ma réponse ; cependant je n'y gagne rien, car vous faites une remarque sur mon silence. Je ne sais plus comment me conduire. Si je me tais , c'est du mystère ; si je parle, autre mystère ; enfin je suis mystère depuis les pieds jusqu'à la tête. En vérité, je n'ose pas me remuer ; j'ai peur que voos

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