‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 213 sur 316 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

n'y trouviez une équivoque. Quel étrange amour que le vôtre, madame! Je n'en ai jamais vu de cette humeur*là.

LA PRINCESSE

Encore une fois, je me condamne ^ mais vous n'êtes pas mon amie pour rien ; vous êtes obligée de me supporter^ j'ai de l'amour, en un mot ; voilà mon excuse.

HORTENSE

Mais, madame , c'est plus mon amour que le vôtre. De la manière dont vous le prenez , il me fatigue plus que vous; ne pourriez -vous me dispenser de votre confidence ? Je me trouve une passion sur les bras qui ne m'appartient point ; y a-t-il de fardeau plus ingrat ?

LA PRIirCESSE.

Hortense , je vous croyais plus d'attachement pour moi \ et je ne sais que penser, après tout , du mécontentement que vous témoignez. Quand je répare mes soupçons à votre égard par l'aveu que je vous en fais , mon amour vous déplaît trop ; je n'y comprends rien ; on dirait presque que tous en avez peur.

Ah ! la désagréable situation ! Que je suis malheureuse de ne pouvoir ouvrir ni fermer la bouche en sûreté ! Que faudra -t -il donc que je devienne? Les remarques me suivent, je n'y saurais tenir. Vous me désespérez, je vous tourmente; toujours je vous fâcherai en parlant, toujours je vous fâcherai en ne disant mot ; je ne saurais donc me corriger. Voilà une

querelle fondée pour Tëternité *, le moyen de vivre ensemble ! J'aimerais mieux mourir. Vous me trouvez rêveuse ; après cela il faut que je m'explique. Lélio m'a regardée ; vous ne savez que penser, vous ne me comprenez pas. Vous m'estimez; vous me croyez fourbe : haine , amitié , soupçon , confiance , le calme , Forage , vous mettez tout ensemble. Je m'y perds, la tête me tourne, je ne sais où je suis. Je quitte la partie , je me sauve, je m'en retourne, dus^ siez-vous prendre mon voyage pour une finesse.

LA PRINCESSE

Non, ma chère Hortense, vous ne me quitterez point ; je ne veux pas vous perdre , je veux vous aimer, je veux que vous m'aimiez ; j'abjure toutes mes faiblesses \ vous êtes mon amie, je suis la vôtre, et cela durera toujours^

HORTENSE

Madame , cet amour- là nous brouillera ensemble , vous le verrez. Laissez - moi partir; comptez que je fais pour le mieux.

LA PRINCESSE

Non , ma chère ; je vais faire arrêter tous vos équipages, vous ne vous servirez que des miens; et, pour plus de sûreté , à toutes les portes de la ville vous trouverez des gardes qui ne vous laisseront passer qu'avec moi. Nous irons quelquefois nous promener ensemble; voilà tous les voyages que vous ferez. Point de mutinerie; je n'en rabattrai rien. A l'égard

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