‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 234 sur 316 · ACTE II, SCÈNE XIII. 3g · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XIII. 3g

dant la fête , et ne tous l'ôtât , si elle savait que vous Taimez.

LÉLIO

Et cette dame , Ta-t-on nommée ?

HORTENSE

Non, mais apparemment on la connaît bienj et voilà Tobligation que vous avez à Frédéric, dont les présens ont corrompu votre valet.

Oui , c*cst fort bien dit -, îl m'a corrompu. J'avais le cœur plus net qu'une perle , j'étais tout-à-^ait gentil ; mais depuis que je l'ai fréquenté , je vaux moins d'é^ eus que je ne valais de mailles.

FRÉDÉRIC

Oui, monsieur, je vous l'avouerai encore une fois, j'ai cru bien servir l'état et la princesse en tâchant d'arrêter votre fortune; suivez ma conduite, elle me justifie. Je vous ai prié de travailler à me faire premier ministre , il est vrai ; mais quel pouvait être mon dessein? Suis-je dans un &ge à souhaiter un emploi si fatigant ? Non , monsieur ; trente années d'exercice m'ont rassasié d'emplois et d'honneurs , il ne me faut que du repos *, mais je voulais m'assurer de vos idées, et voir si vous aspiriez vous-même au rang que je feignais de souhaiter. J'allais dans ce cas parler à la princesse, et la détourner, autant que j'aurais pu, de remettre tant de pouvoir entre des mains dangereuses et tout -à -fait inconnues. Pour achever de vous

péntftrer , je vous ai oiiert ma fille ; vous Tavez refusée , je Tavais prévu ^ et j*ai tremblé du projet dont je vous ai soupçonné sur ce refus , et du succès que pouvait avoir ce projet même. Car enfin, vous avez la faveur de la princesse ^ vous êtes jeune et aimable ; tranchons le mot, vous pouvez lui plaire, et jeter dans son cœur de quoi lui faire oublier ses véritables intérêts et les nôtres, qui étaient qu'elle épousât le roi de Castille. Voilà ce que j'appréhendais, et la raison de tous les efforts que j'ai faits contre vous. Vous m*avez cru jaloux de vous , quand je n'étais inquiet que pour le bien public. Je ne vous le reproche pas. Les vues jalouses et ambitieuses ne sont que trop ordinaires à mes pareils; et, ne me connaissant pas, il vous était permis de me confondre avec eux , de méconnaître un zèle assez rare , qui d'ailleurs se montrait par des actions équivoques. Quoi qu'il en soit , tout louable qu'il est ce zèle , je me vois près d'en être la victime. J'ai combattu vos desseins, parce qu'ils m'ont paru dangereux. Peut-être êtes-vous digne qu'ils réussissent; et la manière dont vous en. userez avec moi dans l'état où je suis , l'usage que vous ferez de votre crédit auprès de la princesse , enfin la destinée que j'éprouverai , décidera de l'opinion que je dois avoir de vous. Si je péris après d'aussi louables intentions que les miennes, je ne me serai point trompé sur votre compte ; je périrai du moins avec la consolation d'avoir été l'ennemi d'un homme qui, en effet, n'était pas vertueux. Si je ne péris pas, au contraire,

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