‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 250 sur 316 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

TRIVEHN*

Je ne le dirais pas à tout le monde ] mais je sais bien que je ne parle pas à un profane.

FROUTIN.

Eh ! dis-moi , mon ami ; qu'est-ce que c'est que ce paquet-là que tu portes ?

TRIVEHN.

C'est le triste bagage de ton serviteur ; ce paquet enferme toutes mes possessions.

FRONTIN

On ne peut pasles accuser d'occuper trop de terrain.

TRIYELIB.

Depuis quinze ans que je roule dans le monde , tu sais combien je me suis tourmenté , combien j'ai fait d'efibrts pour arriver à un état fixe. J'avais entendu dire que les scrupules nuisaient à la fortune ; je fis trêve avec les miens , pour n*avoir rien à me reprocher. Était -il question d'avoir de l'honneur ? j'en avais. Fallait-il être fourbe? j'en soupirais, mais j'allais mon train. Je me suis vu quelquefois à mon aise ; mais le moyen d'y rester avec le jeu > le vin et les femmes ? Gomment se mettre à l'abri de ces fléaux-là ?

FRONTIN

Cela est difficile.

TRIVEHN.

Que te dirai-je enfin ? Tantôt maître , tantôt valet 5 toujours prudent , toujours industrieux; ami des fripons par intérêt, ami des honnêtes gens par goût;;

43o LA FAUSSE SUIVANTE,

traité poliment sous ilile figure , menacé d'étrivières 60US une autre ^ changeant à propos de métier , d*habit, de caractère, de mœurs; risquant beaucoup, résistant peu ; libertin dans le fond , réglé dans la forme ; démasqué par les uns , soupçonné par les* autres, & la fin équivoque à tout le monde, j'ai tâté de tout. Je dois partout. Mes créanciers ^ont de deux espèces : les uns ne savent pas que je leur dois ; les autres le savent et le sauront lohg-temps. J'ai logé partout, sur le pavé, chez Taubergiste, au catiaret, chez le bourgeois , chez Thomme de qualité , chez moi 4 éhez la justice , t{ûi m'a souvent recueilli dans mes malheurs ; mais ses apparteHiens sont trop tristes, et je ti'y faisais que des retraites^ Enfin, mon ami, Kffès quinze ans de soins y de travaux et dé peines ^ ce malheureax paquet est tout ce qui me reste ; voilà ce que le monde m'i lai»é« L'iilgrat ! après ce que j'ai fait pour lui ! Tonf ce paquet ne vaut pas une pistole*

FRONTIlf^

Ne t'afflige point, mon ami. L'article dé toti t^it qui m'a paru le plus déàagrédble, ce sont leis fétraites chez la justice ', mais ne parlons plus dé delà. Tù arrives à propos ; j'ai un parti à te proposer. Cependant qu'as-tu fait depuis deux ans que je fté t*ài tù, et d'où sors-tu à présent 7

tkiVéliN.

Prittfô, depifi^ que je de t'ai tu, je mésuis jeté dali^ le aiétvice.

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