ACTE I, SCÈNE I. 43i
FEONTIN.
Je t^entends, ta t'es fait soldat ^ ne serais- tu pas déserteur par hasard ?
TRIYELII9.
Non, mon habit d'ordonnance était une livrée.
FRONTÎN.
Fort hien.
TRIYELIN.
Avant que de me réduire tout-à-fait à cet état humiliant, je commençai par vendre ma garde-robe.
FROHTIïr.
Toi , une garde-robe ?
TRIVELIN
Oui, c'étaient trois ou quatre habits que j'avais trouvés convenables à ma taille chez les fripiers , et qui m^avaieat servi à figurer en honnête homme. Je crus devoir m'en défaire, pour perdre de vue tout ce qui pouvait me rappeler ma grandeur passée. Quand on renonce à la vanité, il n'en faut pas faire à deux fois. Qu'est-ce que c'est que se ménager des res^otir*ces? Point de quartier, je vendis tout; té n'est pas assez , j'allai tout boire.
FRONTIN
Fort bien.
TRIVELIN
Oui , mon ami ; j'eus le courage de faire deux on trois débauches salutaire^, qui vidèrent ma bourse, et me garantii^eol-ma persévéïlaBee dans k céndition
43a LA FAUSSE SUIVANTE,
que j'allais embrasser ; de sorte que j'avais le plaisir de penser, en m'enivrant, que c'était la raison qui me versait à boire. Qael nectar! Ensuite, un beau matin, je me trouvai sans un sou. Comme j'avais besoin d'un prompt secours, et qu'il n'y avait point de temps i perdre, un de mes amis que je rencontrai me proposa de me mener chez un honnête particulier qui était marié, et qui passait sa vie à étudier des langues mortes^ cela me convenait assez, car j'ai de l'étude. Je restai donc chez lui. Là, je n'entendis parler que de sciences , et je remarquai que mon maître était épris de passion pour certains quidams, qu'il appelait des anciens, et qu'il avait une souveraine antipathie pour d'autres, qu'il appelait des modernes ; je me fis expliquer tout cela.
FRONTIN
Et qu'est-ce que c'est que les anciens et les modernes?
TRI VELIN
Des anciens.... Attends ; il y en a un dont je sais le nom , et qui est le capitaine de la bande ; c'est comme qui te dirait un Homère. Connais-tu cela ?
FRÔKTIN.
Non.
C'est dommage ^ car c'était un homme qui parlait bien grec.
FRONTIN
Il n'était donc pas Français cet homme-là ?