LE CHEVALIER, TRIVELIN
LE CHEVALIER
Approchez ; comment vous appelez-vous ?
Gomme vous voudrez, monsieur^ Bourguignon, Champagne, Poitevin , Picard , tout cela m'est indiflcrent : le nom sous lequel j'aurai Thonneur de vous servir sera toujours le plus beau nom du monde.
LE CHEVALIER
Sans compliment, quel est le lieu, à toi ?
TRIVELIN
Je vous avoue que je ferais quelque difficulté de le dire, parce que dans ma famille je suis le premier du nom qui n'ait pas disposé de la couleur de son habit -, mais peut-on porter rien de plus galant que vos couleurs? Il me tarde d'en être chamarré sur toutes les coutures.
LE CHEVALIER, À part.
Qu est-ce que c'est que ce langage-là ? Il m'inquièle.
TRIVELIN
Cependant, monsieur, j'aurai l'honneur de vous dire que je m'appelle Trivelin. C'est un nom que j ai reçu de père en fils très-correctement , et dans la dernière fidélité; et de tous les Trivelins qui furent ja-
44o LA FAUSSE SUIVANTE,
mais, votxe serviteur en ce moment s'estime le plos heureux.
LE CHEVALIER
Laissez là vos politesses. Un maître ne demande à son valet que Tattention dans' ce à quoi il remploie.
TRIYELIN.
Son valet ! le terme est dur ; il frappe mes oreilles d'un son dcSsagrëable ; ne purgera-t-on jamais le discours de tous ces noms odieux ?
LE CHEVALIER
La délicatesse est singulière !
TRIVELIN
De grâce, ajustons-nous -, convenons d'une formule plus douce.
LE CHEVALIER, & part.
II se moque de moi. (H«at.) Vous riez, je pense?
TRZYELIN.
C'est la joie que yai d^être à vous , qui l'emporte sur la petite mortification que je viens d'essuyer.
LE CHEVALIER
Je vous avertis, moi, que je vous renvoie, et que vous ne m'êtes bon à rien.
TRIVELIW.
Je ne vous suis bon à rien ! Ah ! ce que vous dites là ne peut pas être sérieux.
LE CHEVALIER, À part.
Cet homme -là est un extravagant, (a TriTeiin.) Retirez-vous.