ACTE II, SCÈNE II
dame ; car ce discours-là ne peut pas s'adresser à moi.
LA COMTESSE
Fort bien ! me voilà devenue visionnaire à présent. Continuez, monsieur, continuez; vous ne voulez pas rompre le dédit •, cependant c'est moi qui ne le veux plus; n'est-il pas vrai?
LÉLIO
Que d'industrie pour vous sauver d'une question fort simple, à laquelle vous ne pouvez répondre^
Oh ! je n'y saurais tenir ; capricieuse, ridicule , visionnaire et de mauvaise foi ! le portrait est flatteur ! Je ne vous connaissais pas , monsieur Lélio , je ne vous connaissais pas ; vous m'avez trompée. Je vous passerais de la jalousie-, je ne parle pas de la vôtre, elle n'est pas supportable; c'est une jalousie terrible, odieuse , qui vient du fond du tempérament, du vice de votre esprit. Ce n'est pas délicatesse chez vous ; c'est mauvaise humeur naturelle, c'est précisément caractère. Oh ! telle n'est point la jalousie que je vous demandais; je voulais une inquiétude douce, qui a sa source dans un cœur timide et bien touché, et qui n'est qu'une louable méfiance de soi - même. Avec cette jalousie -là, 'monsieur, on ne dit point d'invectives aux personnes que l'on aime ; on ne les trouve ni ridicules, ni fourbes, ni fantasques ; on craint seulement de n'être pas toujours aimé, parce qu'on ne se croit pas digne de l'être. Mais cela vous passe; ce3 sentimens-là ne sont pas ilu ressort d'une âme comme
la vôtre. Chez vous, ce sont des emportemens, des fureurs , ou c'est pur artifice ; vous soupçonnez injarieusement ; vous manquez d'estime , de respect , de soumission ; vous vous appuyez sur un dé4it ] vous fondez vos droits sur des raisons de contrainte. Un dédit ^ monsieur Lëlio ! Des soupçons ! Vous appelez cela de Tamour ! C'est qn amour à faire peur. Adieu.
LÉIilO.
Encore un mot. Vous êtes en colère ; mais vous reviendrez -j car vous m'estimez dans le fond.
LA COMTESSE
Soit ; j'en estime tant d'autres ! Je ne regarde pas cela comme un grand mérite d'être estimable ; on n'est que ce qu'on doit être.
LÉLIO
Pour nous accommoder , accordez-moi une grâce« Vous m'êtes chère •, le chevalier vous aime 5 ayez pour lui un peu plus de froideur; insinuez -lui qu'il nous laisse, qu'il s'en retourne à Paris.
LA COMTESSE
Lui insinuer qu'il nous laisse, c'est-à-dire, lui glisser tout doucement une impertinence qui me fera tout doucement passer dans son esprit pour une fem* me qui ne sait pas vivre ! Non , monsieur ; vous m'en dispenserez , s'il vous plaît. Toute la subtilité possible n'empêchera pas un compliment d'être ridicule, quand il Test ] vous me le prouvez par le vôtre. C'est un avis que je vous insinue tout doucement, pour