‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 278 sur 316 · ACTE II, SCÈNE IIÏ · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IIÏ

TRIVELIN

Voici le plus touchant. Ah ! la belle main ! s*écriet-il ensuite ; souffrez que je Tadmire. — Il n'est pas

nécessaire. — De grâce. ^- Je ne veux point Ce

nonobstant , la main est prise, admir(!>e , caressée ^ cela va tout de suite.... Arrêtez-vous.... Pointde nouvelles. Un coup d'éventail par là -dessus; coup galant qui signifie, ne lâchez point. L'éventail est saisi ; nouvelles pirateries sur la main qu^on tient. L'autre vient à son' secours; autant de pris encore par l'ennemi.... Mais je ne vous comprends point; finissez donc. — Vous en parlez bien à votre aise, madame!.... Alors la comtesse de s'embarrasser , le chevalier de la regarder tendrement ; elle de rougir , lui de s'animer ; elle de se fâcher sans colère , lui de se jeter à ses genoux sans repentance; elle de pousser honteusement un demi-soupir, lui de riposter effrontément par un soupir tout entier; et puis vient du silence; et puis des regards qui sont bien tendres; et puisd'autres qui n'osent pas l'être; et puis... Qu'est-ce que cela signifie, monsieur ?— Vous le voyez bien , madame. — Levez-vous donc. — Me pardonnez -vous?; — Ah! je ne sais.... Le procès en était là quand vous êtes venu ; mais je crois maintenant les parties d'accord. Qu'en dites- vous?

LÉLIO

Je dis que ta découverte commence à prendre forme.

TRIVELIN

Commence à prendre forme ! Et jusqu'où préten-

de2-T0us donc que je la conduise pour vous persuader ? Je désespère de la pousser jamais plus loin. J^at vu l'amour naissant; quand il sera grand garçon, j^aarai beau Tatlendre auprèi de la palissade, au diable s'il y vient badiner ; or, il grandira s'il n'est déjà grandi; car il m'a parn aller boa train, le gaillard.

LÉLIO

Fort bon train , ma foi.

TRIVELIN

Que dites-vous de la comtesse ? Sans moi , ne l'auriez-vous pas épousée ? Si vous aviez vu de quel air elle abandonnait sa main blanche au chevalier !,..

LÉtro.

En vérité ! Te paraissait-il qu'elle y prit goût ?

TRIVELIN

Oui^ monsieur. (Apart.) On dirait qu'il en prend aussi, lui. (Haut.) Eh bien f trouvez-vous que mon avis mérite salaire ?

LÉLIO

Sans difficulté. Tu es un coquin.

TRIVELIN, à part.

Sans difficulté, tu es un coquin-, voilà un prélude de reconnaissance bien bizarre.

LÉLIO

Le chevalier te donnerait cent coups de bâton , si je lui disais que \i\ le trahis. Or , ces coups de bâton que tu mérites, ma bonté te les épargne ; je ne dirai mot. Adieu ; tu dois être content 5 te voilà payé.

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