ACTE II, SCÈNE VIII. 4gi
LE PHEVALIER:
Vous ne risquez rien à me donner carte blanche -, je sais le respect que je dois k vos véritables intentions.
LA COMTESSE
Mais, chevalier, il ne faut pas respecter des chimères.
LE CHEVALIER
Il n'y a rien de plus poli que ce discours-là.
LA COMTESSE
Il n'y a rien de plus désagréable que votre obstination à me croire polie ; car il faudra , malgré moi , (|ue je le sois. Je suis d'un sexe un peu fier. Je vous dis de rester, je ne saurais aller plus loin ; aidez-vous.
LE CHEVALIER, à part.
Sa fierté se meurt, je veux l'achever. (Haai.) Adieu, madame. Je craindrais de prendre le change , je suis tenté de demeurer, et je fuis le danger de mal interpréter vos honnêtetés. Adieu; vous renvoyez mon cœur dans un terrible état.
LA COMTESSE
Vit-on jamais un pareil esprit , avec son cœur qui n'a pas le sens commun ?
LE CHEVALIER
Du moins, madame, attendez que je sois parti, pour marquer du dégoût à mon égard.
Allez , monsieur ; je ne saurais attendre -, allez à Pa-
ris chercher des femmes qui s'expliquent plus prû> sèment que moi, qui vous prient de re^r en termes formels , des femmes en nn mot qui ne rougissent de rien. Pour moi, je me ménage, je sais ce que je me dois^ et vous partirez , puisque vous avez la fureor de prendre tout de travers.
LE CHEVALIER
Vous ferai-je plaisir de rester ?
LA. COMTESSE
Peut-on mettre une femme entre le oui et le non ? Quelle brusque alternative ! Y a-t-il rien de plus haissablé qo'un homme qui ne saurait deviner ? Mais allexvou»-en , je suis lasse de tout faire.
LE CHEVALIER, hiunt HBbUntd* •'■olUar.
J< devine donc; je me sauve.
LA C0HTB3SE.
II devine , dit-il ; il devine , et s'en va ; la belle pcn^tration ! Je ne sais pourquoi cet homme m'a plu. Lélio n'a qu'à le suivre, je le congédie ; je ne venxplii& de ces importuns -là chez moi. Ah! que je hais les hommes k présent! Qu'ils sont insupportables ! J'y renonce de bon cœur.
LE CHEVALIEB, rr>«nDt.
Je ne songeais pas , madame , que je vais dans un pays où je puis vous rendre quelqae service ; n'avezvoDS rien it m'y commander ?
Oiù-dà ; oubliez que je souhaitais que vous restassiez ici: voilà tout.