ACTE II, SCENE VIII
grave; mais pour volage, s'il n'y a que cela qui vous retienne, partons. Quand vous méconnaîtrez mieux, TOUS ne me reprocherez pas ce défaut-là.
LA COMTESSE
Parlons raisonnablement : vous pourrez me plaire , je n'en disconviens pas ; mais est-il naturel que vous plaisiez tout d'un coup ?
LE CHEVALIER
Non \ mais si vous vous réglez avec moi sur ce qui est naturel , je ne tiens rien ; je ne saurais obtenir votre cœur que gratis. Si j'attends que je l'aie gagné , nous n'aurons jamais fait; je connais ce que vous valez et ce que je vaux.
LA COMTESSE
Fiez-vous à moi; je suis généreuse, je vous ferai peut-être grâce.
LE CHEVALIER
Rayez le peut-étre; ce que vous dites en sera plus doux.
LA COMTESSE
Laissons-le ; il n'est peut-être là que par bienséance.
Le voilà un peu mieux placé, par exemple.
LA COMTESSE
C est que j'ai voulu vous raccommoder avec lui.
LE GHSTALIER.
Venons au fait; m'aimerez- vous?
Là COMTESSE.
Mais, uu bout du compte, m'aimez - vous , voii!»méme ?
LE CHEVALIER
Oui , madame -, j*ai fait ce grand effort - Ik.
LA COMTESSE
Il y a si peu de temps que vous me counaissez , qae je ne laisse pas d'en être surprise.
LE CHEVALIER
Vous , surprise ! 11 fait jour , le soleil nous luit ; cela ne VOUS surprend -il pas aussi ? Car je ne sais que répondre à de pareils discours, moi. Eh! madame, faut -il vous voir plus dHm moment pour apprendre à vous adorer ?
LA COMTESSE
Je vous crois , ne vous fâchez point'; ne me chicanez pas davantage.
Oui , comtesse , je vous aime ; et de tous les hommes qui peuvent aimer , il n'y en a pas un dont Tamour soit si pur , si raisonnable. Je vous en fais serment sur cette belle main , qui veut bien se livrer à mes caresses. Regardez-moi , madame ; tournez vos beaux yeux sur moi ; ne me volez point le doux embarras que j'y fais naître. Ah ! quels regards ! Qu'ils sontcharmans! Qui est-ce qui aurait jamais dit qu'ils tomberaient sur .moi?