‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 3 sur 316 · SCÈNE I. II · texte numérisé non relu

SCÈNE I. II

dans une femme cela est plus supportable. Quand une femme est fidèle , on Fadmiré ; mais il y a des femmes modestes qui n'ont pas la yapité de vouloir élreadmiiHies. Vous êtes de celles4à-, moins de gloire , et plus de plaisir^ à la bonne heure!

Lk FÉE.

De la gloire à la place où je suis ! Je serais une grande dupe de me gêner pour si peu de chose.

TRIYELIN.

C'est bien dit; poursuivons. Vous portez le jeune homme endormi dans votre palais, et vous voilà à guetter le moment de son réveil ; vous êtes en habit de conquête et dans un ^tirail digne du mépris gé* néreux que vous avez pour la gloire. Vous Vous attendiez de la part du beau garçon à la suiprise la plus amoureuse; il s'éveille, et vous salue du regard le plus imbécile que jamais nigaud ait porté. Vous vous approchez ; il bâille deux ou trois fois de toutes ses forces, s'alonge, se retourne et se rendort. Voilà l'histoire curieuse d'un réveil qui promettait une scène si intéressante. Vous sortez en soupirant de dépit, et peut-être chassée par un ronflement de basse -taille, aussi nourri qu'il en soit. Une heure se passe ; il se réveille encore, et, ne voyant personne auprès de lui, il crie : Hé ! A ce cri galant, vous rentrez; l'Amour se frottait les yeux. Que voulez -vous, beau jeune homme? lui dites -vous. Je veux goûter, moi, répond-il. Mais n'êtes-vous point surpris de me voir? ajoutez-vous. £b ! mais, oui, repart-il. Depuis quimae

isi ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR.

jours qa'il est ici , sa conversation a toujours été de la même force. Cependant tous l*aimez; et, qui pis est, vous laissez penser h Merlin que lui , Merlin, va TOUS ëponser ; et votre dessein , m*avez-voas dit, est , s'il est possible , d'épouser le jenne homme. Franchement, si vous les prenez tous deux, suivant toutes les règles, le second mari doit gâter le premier.

LA FÉB.

Je Tais te répondre en deux mots. La figure du jeune homme en question m'enchante ; j'ignorais qu'il eût si peu d'esprit quand je l'ai enlevé. Pour moi , sa bêtise ne me rebute point ; j'aime , aTec les grâces qu'il a déjà , celles que lui prêtera l'esprit quand il en

aura. Quelle volupté de voir un homme aussi charmant me dire , à mes pieds : Je vous aime ! Il est déjà le plus beau brun du monde-, mais sa bouche, ses yeux , tous ses traits seront adorables , quand un peu d'amour les aura retouchés^ mes soins réussiront peut - être à lui en inspirer. Souvent il me regarde , et tousles jours je crois être au moment où il peut me. sentir et se sentir lui-même. Si cela lui arrive, surle-champ j'en fais mon mari. Cette qualité le mettra alors à l'abri des fureurs de Merlin ; mais, avant cela , je n'ose mécontenter cet enchanteur , aussi puissant (|ue moi , et avec qui je difièrerai le plus long-temps que je pourrai.

TRIVEHN.

Mais si le jeune homme n'est jamais ni plus amoureux ni plus spirituel ^ si l'éducation que vous tâchez

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