SCÈNE VL
LA COMTESSE, LE CHEVALIER
LE CHEVALIER
J'allais vous trouver, comtesse.
LA COMTESSE
Vous m avez inquiétée, chevalier. J'ai vu de loin Lélio vous parler; c'est un homme emporté ; n'ayez point d'aOaire avec lui , je vous prie.
LE CHEVALIER
Ma foi , c'est un original. Savez-vous qu il se vante de vous obliger à me donner mon congé ?
LA COMTESSE
Lui ? S'il se vantait d'avoir le sien, cela serait plus raisonnable.
LE CHEVALIER
Je lui ai promis qu'il l'aui^ait , et vous dégagerez ma parole. 11 est encore de bonne heure; il peut gagner Paris, et y arriver au soleil couchant; expédions-le, ma chère âme.
LA COMTESSE
Vous n'êtes qu'un étourdi, chevalier; vous n'avez point de raison.
LE CHEVALIER
De la raison! que voulez- vous que j'en fasse avec 3. 34
53o LA FAUSSE SUIVANTE,
de Tamour ? 11 va trop son train pour elle. Est - ce qu'il Yous en reste encore de la raison , comtesse ?Me feriez-vous ce chagrin-là ? Vous ne m'aimeriez guère.
LA COMTESSE
Vous voilà dans vos petites folies , vous savez qu'elles sont aimables , et c'est ce qui vous rassure -, il est vrai que vous m'amusez. Quelle différence de vous à Lélio , dans le fond !
LE CHEVALIER
Oh ! vous ne voyez rien. Mais revenons à Lélio; je vous disais de le renvoyer aujourd'hui ; l'amour vous y condamne \ il parle , il faut obéir.
Eh bien! je me révolte ; qu'eu arrivera -t- il ?
LE CHEVALIER
Non ; vous n'oseriez.
LA COMTESSE
Je n'oserais! Mais voyez avec quelle hardiesse il me dit cela !
LE CHEVALIER
Non , vous dis-je , je suis sûr de mon fait 5 car vous m'aimez; votre cœur est à moi. J'en ferai ce que je voudrai, comme vous ferez du mien ce qu'il vous plaira ; c'est la règle , et vous Tobserverez ; c'est moi qui vous le dis.
LA COMTESSE
Il faut avouer que voilà un fripon bien sûr de ce qu'il vaut. Je Taime ! mon cœur est à lui ! Il vous dit