‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 310 sur 316 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

antipathie-là;il en a fait unamourbien tendre! Tenez, madame, il me semble que je le vois à vos genoux, que vous Tëcoutez avec plaisir, qu'il vous jure de vous adorer toujours , que vous le payez du même serment , que sa bouche cherche la vôtre , et que la vôtre se laisse trouver; car voilà ce qui arrive. Enfin je vous vois soupirer 5 je vois vos yeux s'arrêter sur lui, tantôt vifs, tantôt languissans, toujours pénétres d'amour, et d'un amour qui croit toujours. Et moi je me meurs; ces objets-tà me tuent; comment ferai-je pour les perdre de vue ? Cruel dédit! te verrai -je toujours ? Qu'il va me coûter de chagrins ! ( a pan. ) Et qu'il me fait dire de folies !

LA COMTESSE

Courage , monsieur; rendez-nous tons deux les victimes de vos chimères. Que je suis malheureuse d'avoir parlé de ce dédit ! Pourquoi faut-il que je vous, aie cru raisonnable ? Pourquoi vous ai -je vu? Est-ce que je mérite tout ce que vous me dites ? Pouvez-vou& vous plaindre de moi? Ne vous aimé -je pas assez? Lélio doit-il vous chagriner ? L'ai-je aimé autant que je vous aime? Où est l'homme plus chéri que vous l'êtes? plus sur, plus digne de l'être toujours? Et rien ne vous persuade ; et vous vous chagrinez ; vous n'entendez rien ; vous me désolez. Que voulez - vous que nous devenions ? Comment vivre avec cela , dites-moi donc?

LE CHEVALIER, 4 part. .

Le succès de mes impertinences me surprend. ( Haut. ) C'en est fait, comtesse; votre douleur me rend mon

repos et ma joie. Combien de choses tendres ne venesvons pas de me dire ! Cela est inconcevable ; je sais charmé. Reprenons notre humeur gaie ; allons , oublions tout ce qui s'est passé.

Mais comment se fait -il que je yous aime tant? Qu*avez-vous fait pour cela ?

LE GHEYALIER.

Hélas ! moins que rien ; tout vient de votre bonté.

LA COMTESSE

C'est que vous êtes plus aimable qu'un autre , apparemment.

LE CHSVALIEH.

Pour tout ce qui n'est pas comme vous , je le serais peut*étre assez ; mais je ne suis rien pour ce qui vous ressemble. Non, je ne pourrai jamais payer votre amour ; en vérité , je n'en suis pas digne.

LA COMTESSE

Comment donc faut- il être fait pour le mériter?

LE CHEVALIER

Oh ! voilà ce que je ne vous dirai pas.

LA COMTESSE

Aimez-moi toujours, et je suis contente.

LE CHEVALIER

Pourrez - vous soutenir un goût si sobre ?

LA COMTESSE

Ne m'affligez plus; tout ira bien.

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