‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 315 sur 316 · ACTE ITI, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE ITI, SCÈNE IX

désespoir ? N'était - ce qu'une passion de théâtre ? Il semblait que vous alliez mourir , si je n'y avais mis ordre. Expliquez- vous, madame ^ je n en puis plus, je souffre....

LÉLIO

Ma foi 9 madame , c'est que je croyais que je ne risquerais rien , et que vous me refuseriez.

Lk COMTESSE.

Vous êtes un excellent comédien. Et le dédit , qu'en ferons- nous, monsieur?

LÉLIO

Nous le tiendrons , madame ; j'aurai l'honneur de vous épouser.

LA COMTESSE

Quoi donc ! vous m'épouserez, et vous ne m'aimez plus!

LÉLIO

Cela n'y fait de rien, madame; cela ne doit pas vous arrêter.

LA COMTESSE

Allez , je vous méprise , et ne veux point de vous.

Et le dédit , madame , vous voulez donc bien l'acquitter ?

LA COMTESSE

Qu'entends- je, Lëlio ? Où est la probité?

LE CHEVALIER

Monsieur ne pourra guère vous en dire des nou-

fi --§ - - r,» , K-

velles) je ne crois pas qu^elIe soit de sa connaissance. Mais il n'est pas juste qu'un misérable dédit vous brouille ensemble. Tenez, ne vous gênez plus ni Fnn ni l'autre^ le voilà rompu, (it u âécbîre.) Ah ! ah * ah !

LÊLIO.

Âh , fourbe !

LE GH£VALI£R, mot.

Âh! ah! ah ! consolez - vous , Lélîo; il vous reste une demoiselle de douze mille livres de rente ^ ah ! ah ! On vous a écrit qu'elle était belle ; on vous a trompé ^ car la voilà ^ mon visage est l'original du sien.

LA COMTESSE

Ah! juste ciel!

LE CHEVALIER

Ma métamorphose n'est pas du goût de vos tendres sentimens , ma chère comtesse. Je vous aurais menée assez loin, si j'avais pu vous tenir compagnie. Voilà bien de l'amour de perdu; mais, en revanche, voilà une bonne somme de sauvée. Je vous conterai le joli petit tour qu'on voulait vous jouer.

LA COMTESSE

Je n'en connais point de plus triste que celui que vous me jouez vous-même.

LE CHEVALIER

Consolez-vous. Vous perdez d'aimables espérances. Je ne vous les avais données que pour votre bien. Regardez le chagrin qui vous arrive comme une petite punition de votre inconstance -, vous avez quitté Lélio moins par raison tiue par légèreté , et cela mérite un

Page 1