LA COMTESSE, COLOMBINE
GOLOMBIIVE, reganUnt M monirc.
CiELA es^ singulier !
LA COHTESSB.
Quoi ?
COLOMBINE
Je trouve qu'il y a un quart d'heure que nous nous promenons sans rien dire ; entre deux femmes, cela ne laisse pas d'être fort. Sommes -nous bien dans notre état naturel ?
LA COMTESSE
Je ne sache rien d'extraordinaire en moi.
COLOMBIIVE.
Vous voilà pourtant bien rêveuse.
LA COMTESSE
C'est que je songe à une chose.
COLOMBINE
Voyons ce que c'est. Suivant l'espèce de la chose , je ferai l'estime de votre silence.
g8 LA SURPRISE DE L'AMOUR,
LA COMTESSE
C'est que je songe qu'il n'est pas nécessaire que je voie si souvent Lëlio.
GOLOMBINE.
Hum ! ij y a du Lëlio ? votre taciturnitë n'est pas si louable que je le pensais. La mienne , à dire vrai, n'est pas plus méritoire. Je me taisais à peu près dans le même goût ; je ne rêve pas à Lélio -, mais je suis autour de cela , je rêve au valet.
LÀ COMTESSE
Mais que veux-tu dire ?Quel mal y a-t-il à penser à ce que je pense ?
COLOMBIKE.
Oh ! pour du mal , il n'y en a pas^ mais je croyais que vous ne disiez mot par pure paresse de langue , et je trouvais cela beau dans une femme; car on prétend que cela est rare. Mais pourquoi jugez-vous qu'il n'est pas nécessaire que vous voyiez si souvent Lélio?
LA COMTESSE
Je n'ai d'antres raisons pour lui parler que le mariage de ces jeunes gens. 11 ne m'a point dit ce qu'il veut donner à la fille ; je suis bien aise que le nevea de mon fermier trouve quelque avantage^ mais , sans nous parler, Lélio peut me faire savoir ses intentions, et je puis le faire informer des miennes.
COLOMBIHE.
L'imagination est tout--à-fait plaisante.