LÉLIO, ARLEQUIN, COLOMBINE
, LÉLIO
Qu'as -TU donc?
ARLEQUIN
Hëlas! c'est ce Iutin-<là qui me prend à la gorge. Elle veut que je l'aime.
LÉLIO
Et ne saurais-tu lui dire que tu ne veux pas ?
ARLEQUIN
Vous en parlez bien à votre aise. EUe a la malice de me dire qu'elle me haïra.
GOLOMBINE.
J'ai entrepris la guërison de sa folie ; il faut que j'en vienne à bout. Va , va , c'est partie à remettre.
ARLEQUIN
Voyez la belle guërison ! Je suis de la moitië plus fou que je n'étais.
io8 LA SURPRISE DE L'AMOUR,
LÉLIO
Bon courage, Arlequin ! Tenez, Colombine, voilà la réponse au billet de votre maîtresse.
GOLOMBINE.
Monsieur, ne Tavez-vous pas faite un peu trop fière?
LÉLIO
Eh ! pourquoi la ferais-je fière? Je la fais indifférente. Ai -je quelque intérêt de la faire autrement?
GOLOMBINE.
Écoutez , je vous parle en amie. Les plus courtes folies sont les meilleures. L'homme est faible ; tous les philosophes du temps passé nous Font dit, et je m'en fie bien à eux. Vous vous croyez leste et gaillard, vous ne Fêtes point; ce que vous êtes est caché derrière tout cela. Si j'avais besoin d'indifférence et qu'on en vendit , je ne ferais pas emplette de la vôtre. J'ai bien peur que ce ne soit une drogue de charlatan ; car on dit que l'Amour en est un , et franchement vous m'avez tout l'air d'avoir pris de son mithridate i. Vous vous agitez, vous allez et venez, vous riez du bout des dents , vous êtes sérieux tout
' Son mithridate. Ce mot, qni signifie toute espèce de drogue Tendue par des charlatans, tire son origine de Mithridate, roi de Pont, qui sVtait prémuni de longue main contre le danger des poisons, par des antidotes de sa composition, dont on trouTa la recette dans ses coffres , après la dtfaite de ce prince par Pompée. Il est toujours pris en mauTaise part, et est synonyme d'orviétan*