‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 72 sur 316 · LÉLIO, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LÉLIO, LA COMTESSE

qui a Pair de chercher quelque chose à terre.

LÉIiIO.

Elle m'a fui tantôt \ si je me retire , elle croira que je prends ma revanche, et que j*ai remarqué son procédé. Comme il n'en est rien , il est bon de lui paraître tout aussi indifférent que je le suis. Continuons de rêver; je n'ai qu'à ne lui point parler pour remplir les conditions du biliet

LA COMTESSE, chercbtnt toujours.

Je ne trouve rien.

LÉLIO

Ce voisinage-là me déplaît ; je crois que je ferai

ACTR II, SCÈNE VII. lai

fort bien de in*en aller , dût-eUe en penser ce qa'elle vendra. ( l» Toyant appioeiier. ) Oh ! parbleu , c'en est trop , madame. Vous m^vez fait Thonneur de m'ëcrire qu'il était inutile de nous revoir, et j'ai trouvé que vous pensiez juste; mais je prendrai la liberté de vous représenter que vous me mettez hors d'état de vous obéir. Le moyen de ne vous point voir ? Je me trouve près de vous , madame *, vous venez jusqu'à moi \ je me trouve irrégulier sans avoir tort.

lA COMTESSB.

Hélas! monsieur, je ne vous voyais pas. Après cela, quand je vous aurais vu, je ne me ferais pas un grand scrupule d'approcher de l'endroit où vous êtes , et je ne me détournerais pas de mon chemin à cause de vous. Je vous dirai cependant que vous outrez les termes de mon billet; il ne signifiait pas : Haïssons-nous, soyons -nous odieux. Si vos dispositions de haine ou pour toutes les femmes ou pour moi vous l'ont fait expliquer comme cela , et si vous le pratiquez comme vous l'entendez , ce n'est pas ma faute. Je vous plains beaucoup de m'avoir vue ; vou3 souffirez apparemment , et j'en suis fâchée; mais vous avez le champ libre , voilà de la place pour fuir ; délivrez-ovous de ma vue. Quant à moi , monsieur , qui ne vous hais ni ne vous aime , qui n^ ni chagrin ni plaisir à vous voir, vous trouverez bon que j'aille mon train , que vous me soyez un objet parfaitement .indifférent, et que j'agisse tout comme si vous n'étieai pas là. Je cherche mon portrait \ j'ai besoin de qud^

12a LA SURPRISE DE L'AMOUR,

ques petits diamans. qui en ornent la boite ; je l'ai prise pour les envoyer démonter à Paris ; et Colombine , à qui je Tai donné pour le remettre à un de mes gens qui part exprès j Ta perdu ; voilà ce qui m'occupe. Et si je vous avais aperçu là , il ne m'en aurait coûté que de vous prier très- froidement et très - poliment de vous détourner. Peut - être même m'aurait -il pris fantaisie de vous prier de cbercber avec moi , puisque vous vous trouvez là ^ car je n'aurais pas deviné que ma présence vous affligeât^ à présent que je le sais , je n'userai point d'une prière incivile. Fuyez vite , monsieur ; car je continue.

LÉLIO

Itfadame , je ne veux point être incivil non plus ; et je reste, puisque je peux vous rendre service. Je vais chercher avec vous. '

LA GOMTKSSE.

Non, monsieur, ne vous contraignez pas; allezvous-en. Je vous dis que vous me haïssez; je vous l'ai dit, vous n'en disconvenez point. Allez -vous -en donc , ou je m'en vais.

LÉLIO

Parbleu ! madame , c'est trop souffrir de rebuts en un jour ; et billet et discours , tout se ressemble. Adieu donc , madame ; je suis votre serviteur. (U sort.)

LA COMTESSE

Monsieur, je suis votre servante. Mais à propos, cet étourdi qui s'en va , et qui n'a point marqué posi-

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