‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 73 sur 316 · ACTE II, SCÈNE VIL i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIL i

tivement dans son billet ce qu'il voulait donner à sa fermière ! 11 me dit simplement qu'il verra ce qu'il doit faire. Ah ! je ne suis pas d'humeur à mettre toujours la main à la plume. Je me moque de sa haine,

il faut qu'il me parle. (Dam rinsttot elle part pour I0 rappeler,

quand u rerient lui-même. ) Quoi ! VOUS rcvenez j mousicur ?

LÉLIO, a'uoairagiU.

Oui , madame , je reviens -, j'ai quelque chose à vous dire ; et puisque vous voilà , ce sera un billet épargné et pour vous et pour moi.

LA COMTESSE

A la bonne heure ^ de quoi s'agit-il ?

LÉLIO

C'est que le neveu de votre fermier ne doit plus compter sur Jacqueline. Madame , cela doit vous faire plaisir -, car cela finit le peu de commerce forcé que nous avons ensemble.

LA COMTESSE

Le commerce forcé? Vous êtes bien difficile , monsieur, et vos expressions sont bien naïves ! Mais passons. Pourquoi donc , s'il vous plait , Jacqueline ne veut - elle pas de ce jeune homme ? Que signifie ce caprice -là?

LÉLIO

Ce que signifie un caprice? Je vous le demande, madame ; cela n'est point à mon usage , et vous le définirez mieux que moi.

Vous pourriez cependant me rendre un bon compte de celui-là , si vous vouliez \ il est votre ouvrage apparemment. Je me mêlais de leur mariage \ cela vous fatiguait ; vous avez tout arrêta. Je vous suis obligée

de vos égards.

lAlxo.

Moi , madame !

LA COMTESSE

Oui , monsieur. Il n^était pas nécessaire de vous y prendre de cette façon. Cependant je ne trouve point mauvais que le peu d'intérêt que j'avais à vous voir vous fût à charge \ je ne condamne point dans les autres ce qui est en moi ; et , sans le hasard qui nous rejoint ici, vous ne m'auriez vue de votre vie, si j'avais pu.

LÉLXO.

£h ! je n*en doute pas, madame , je n'en doute pas.

LA COMTESSE

Non , monsieur , de votre vie. Et pourquoi en douteriez-vous? En vérité, je ne vous comprends pas. Vous avez rompu avec les femmes, moi avec les hommes; vous n'avez pas changé de sentiment, n'estil pas vrai ? D'où vient donc que j'en changerais ? Sur quoi en changerais-je ? Y songez-vous ? Oh ! mettezvous dans l'esprit que mon opiniâtreté vaut bien la vdtre , et que je n'en démordrai point.

LÉI<10.

Eh ! madame , vous m'avez accablé de preuves d'o-

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