‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 8 sur 316 · SILVIA; LE BERGER · texte numérisé non relu

SILVIA; LE BERGER

LB BERGER

Vous me fuyez , belle Silvia !

SILVIA

Que voulez - vous que je fasse ? vous m'entretenez d'une chose qui m'ennuie ^ vous me parlez toujours d'amour.

LE BEBGBR.

Je vous parie de ce que je sens.

SILVIA

Oui 'y mais je ne sens rien , moi.

i8 ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR,

Voilà ce qui me désespère.

SILYIA.

Ce n'est pas ma faute. Je sais bien que toutes nos bergères ont chacune un berger qui ne les quitte point ; elles me disent qu'elles aiment , qu'elles soupirent ; elles y trouTent leur plaisir. Pour moi , je suis bien malheureuse : depuis que vous dites que vous soupirez pour moi , j'ai fait ce que j*ai pu pour soupirer aussi ; car j'aimerais autant qu'une autre à être bien aise. S'il y avait quelque secret pour cela , tenez, je vous rendrais heureux tout d'un coup ; car je suis naturellement boiuie.

L£ BERGEB.

Hélas I pour de setret, je n'en sais point d'autre que celui de vous aima* moi-même.

Apparemment que ce secretr-là ne vaut rien ^ car je ne vous aime point encore , et j'en suis bien fâchée. Comment avez -vous fait pour m'aimer, vous?

LE BERGER

Moi! je vous ai vue; voilà tout.

SILVIA

Voyez quelle différence ! et4noî , plus je vous vois , et moins je vous aime, {('importe ; allez, allez, cela viendra peut -être*, mais ne me gênez point. Par exemple , à présent , je vous haïrais si vous restiez ici.

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