SILVIA; LE BERGER
LB BERGER
Vous me fuyez , belle Silvia !
SILVIA
Que voulez - vous que je fasse ? vous m'entretenez d'une chose qui m'ennuie ^ vous me parlez toujours d'amour.
LE BEBGBR.
Je vous parie de ce que je sens.
SILVIA
Oui 'y mais je ne sens rien , moi.
i8 ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR,
Voilà ce qui me désespère.
SILYIA.
Ce n'est pas ma faute. Je sais bien que toutes nos bergères ont chacune un berger qui ne les quitte point ; elles me disent qu'elles aiment , qu'elles soupirent ; elles y trouTent leur plaisir. Pour moi , je suis bien malheureuse : depuis que vous dites que vous soupirez pour moi , j'ai fait ce que j*ai pu pour soupirer aussi ; car j'aimerais autant qu'une autre à être bien aise. S'il y avait quelque secret pour cela , tenez, je vous rendrais heureux tout d'un coup ; car je suis naturellement boiuie.
L£ BERGEB.
Hélas I pour de setret, je n'en sais point d'autre que celui de vous aima* moi-même.
Apparemment que ce secretr-là ne vaut rien ^ car je ne vous aime point encore , et j'en suis bien fâchée. Comment avez -vous fait pour m'aimer, vous?
LE BERGER
Moi! je vous ai vue; voilà tout.
SILVIA
Voyez quelle différence ! et4noî , plus je vous vois , et moins je vous aime, {('importe ; allez, allez, cela viendra peut -être*, mais ne me gênez point. Par exemple , à présent , je vous haïrais si vous restiez ici.