‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 83 sur 316 · ACTE III, SCÈNE II. i4i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II. i4i

LA COMTESSE

Pour la rareté du fait , voyons donc.

GOLOMBINE.

Vous savez que monsieur Lëlio fuit les femmes *, cela posé, examinons ce qu^il vous dit : J^ous ne nC aimez pas , madame; fen suis coni^aincu, et je vous avouerai que cette conviction m'est absolument nécessaire; c'est-à-dire : Pour rester où vous êtes, j'ai besoin d'être certain que vous ne m'aimez pas ; sans quoi je décamperais. C'est une pensée désobligeante , entortillée dans un tour honnête \ cela me parait assez net.

LA COMTESSE

Cette fille-là n'a jamais eu d'esprit que contre moi \ mais, Colombine, l'air affectueux et tendre qu'il a joint à cela?....

GOLOMBINE.

Cet air-là , madame, peut ne signifier encore qu'un homme honteux de dire une impertinence, qu'il adoucit le plus qu'il peut.

LA COMTESSE

Non , Colombine , cela ne se peut pas \ tu n'y étais point-, tu ne lui as pas vu prononcer ces paroles-là; je t'assure qu'il les a dites d'un ton de cœur attendri. Par quel esprit de contradiction veux- tu penser autrement? J'y étais*, je m'y connais, ou bien Lélio est le plus fourbe de tous les hommes \ et , s'il ne m'aime pas 9 je fais vœu de détester son caractère. Oui, son honneur y est engagé \ il faut qu'il m'aime, ou qu'il

i44 LA SURPRISE DE L'AMOUR,

grand monstre de cela ? Eh bien ! vous aimez ; Toilà qui est bien rare !

LA COMTESSE

Non, je n'aime point encore.

COLOMBIVE.

Vous avez Téqui valent de cela.

LA COMTESSE

Quoi ! je pourrais tomber dans ces malheureuses situations , si pleines de troubles , d'inquiétudes , de chagrins ; moi , moi ! Non , Colombine , cela n'est pas fait encore ; je serais au désespoir. Quand je suis venue ici triste , tu me demandais ce que j'avais : ah ! Colombine , c'était un pressentiment du malheur qui devait m'arriver.

COLOMBINE

Voici Arlequin qui vient à nous, renfermez vos regrets.

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